A la rencontre du duo FireClub

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Nous avons aujourd’hui rendez-vous avec le groupe FireClub dont le premier album au titre éponyme est sorti le 24 avril chez le label marseillais PAPE.

FireClub, c’est un duo à l’imagination débridée, composé de Pierre à la batterie et de Jules pour tout le reste. La sortie de leur premier album, FireClub, est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur eux.

Pour commencer, pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours et sur ce qui vous a amenés à devenir FireClub ?

Pierre : Avec plaisir. On vient du sud de la France, de deux petits villages du Vaucluse qui s’appellent Monteux et Althen-des-Paluds, tout près d’Avignon. Nous nous sommes rencontrés dans une petite école de musique qui s’appelle Music Revolution, où on apprend la musique à l’oreille, sans solfège.

Pendant les cours, ils formaient des groupes, un peu par la force des choses, donc on se retrouvait à jouer soit des standards du rock, soit des morceaux qu’on choisissait avec des gens qu’on ne connaissait pas. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé avec cette énergumène à lunettes. On avait alors 13-14 ans, et au début, ce n’était pas du tout le grand amour, parce qu’on avait tous les deux, je pense, des égos un peu trop surdimensionnés par rapport à nos capacités musicales. Puis, on a appris à être amis avant de faire de la musique ensemble. Le coup de foudre amical et musical est arrivé plus tard.7

Pochette de l’album FireClub

Et aujourd’hui, vous avez quel âge ?

Jules : On va sur nos 25 ans, on est des 2001 !

Ce qui m’a marqué, en écoutant votre album, c’est que je le trouve assez référencé. En tout cas, dans des univers que j’écoutais plus jeune. J’aimerais donc que vous me racontiez un peu ce qui vous a nourri musicalement.

Pierre : Même si je suis le seul musicien de ma famille, la musique est l’un des éléments centraux de l’éducation que j’ai reçue. Mon père a ainsi longtemps été programmeur dans un festival qui s’appelait le Rhinoferock à Pernes-les-Fontaines.

On peut donc dire que j’ai toujours côtoyé ce milieu là d’assez près. J’ai été élevé avec du blues à fond, de Popa Chubby à Eric Clapton ou Charles Pasi, pour citer un français, et j’en passe. Et en grandissant, j’ai élargi le champ des possible en écoutant plein de choses diverses et variées : du rap français, du rock, évidemment, de l’électro plus tard. Bon, après, le groupe qui m’a le plus marqué, c’est Oasis. Il y a un album en particulier qui est un live à Wembley et qui s’appelle Familiar To Millions. Après, on peut y ajouter Royal Blood, les Foo Fighters ou 21 Pilots.

Jules : De mon côté j’ai grandi avec Ozzy Osbourne, Guns N’Roses, ACDC ou Led Zep. Des trucs un peu plus violent sur les bords. Plus tard, avec Pierre, on s’est retrouvés sur des groupes un peu plus modernes comme 21 Pilots. Mais en fait, nos influences vont jusqu’à Lola Young ou Sabrina Carpenter.

Je suis assez épaté par la qualité de l’album, en tout cas, la construction des morceaux. Comment le projet s’est développé ? Parce que j’ai l’impression que vous arrivez avec quelque chose qui est assez finalisé et ce, dès votre premier album.

Jules : Déjà, merci beaucoup. Ça fait trop plaisir. En fait, avec Pierre, ce n’est pas notre premier coup d’essai. Alors, en tant que FireClub, si. Mais avant, on avait un groupe qui s’appelait Bloom, avec lequel on a beaucoup tourné dans le sud de la France. Et avec lequel on a sorti trois EP.

On a donc eu le temps de se chercher et de vraiment savoir ce qu’on voulait faire, qui on était, ce qu’on voulait raconter aux gens. Et en fait, cet album, je dirais que ça fait deux ans qu’il est, non pas en gestation, mais qu’il est vraiment sur la table.

Il faut dire qu’à l’époque, on faisait vraiment du rock assez classique. On commençait à mettre un peu des synthés par-ci, par-là, mais sans trop l’assumer. Et quand on a commencé à composer les morceaux de cet album, on s’est dit, qu’il ne fallait pas qu’on se mette de barrières.

On avait juste envie de faire quelque chose qui nous ressemble, ce qu’on n’avait pas fait jusqu’à maintenant. On s’était vraiment mis dans des cases, alors qu’on est tout sauf dans des cases. On a donc fait des morceaux avec autant de synthés que de guitares saturées, des basses très violentes, des chants habités et des paroles qui nous parlent.

Et puis on s’est dit, voilà, si on veut foutre un morceau punk dans l’album, on foutrait un morceau punk. Et c’est ce qu’on a fait. Mais en conservant cet élan toujours très pop et cette production assez électronique.

Pierre : FireClub est né sur les cendres de Bloom, quand notre bassiste est parti faire ses études. Pour être très franc, on s’est retrouvés comme deux cons. Ça a été un coup de massue, je t’avoue, parce que quand tu te dis que tu vas faire un groupe à trois, que tu te projettes et que d’un coup, ça s’arrête, tu dois repartir à zéro concrètement.

La chance qu’on a eue, c’est qu’on a une équipe formidable avec nous, et que grâce à eux, on a pu aller de l’avant et construire un nouveau projet. On ne voulait plus garder Bloom parce que ça représentait trop une image d’avant. On a donc repensés toute la direction artistique.

Jules : Il y avait un truc un peu prémonitoire qu’on a capté il n’y a pas si longtemps. Quand j’ai écrit Follow my call, on n’était pas encore FireClub, mais toujours Bloom. Et dans ce titre il y a une phrase qui dit « Say our name, light a flame », soit « Dis notre nom, allume une flamme ». Il y avait déjà un peu le truc de feu. C’était involontaire, mais la nature fait bien les choses.

Et le nom de Fireclub, il fait référence à quoi ? à Stranger Things ?

Jules : Je suis un grand fan de cette série mais je n’ai compris que plus tard, qu’il y avait, en effet, carrément une ref à Stranger Things. Mais ce n’est même pas moi qui y ai pensé, c’est quelqu’un qui nous y a fait penser ! En fait, FireClub, cela vient, au départ, de quelque chose de très stupide. Au tout début, quand on se fréquentait avec Pierre, où on commençait à écrire des paroles, on adorait se prendre en photo pour essayer de faire des pochettes d’albums devant des feux de camp. On les faisait nous-mêmes à côté des champs de mon père parce qu’il est paysan. Les photos étaient ignobles mais on était contents.

Et puis on a vu qu’aucun groupe ne s’appelait FireClub. Ça nous plaît et ça nous représente bien,

Et en parlant de DA, avant de rentrer dans les paroles et de ce que vous portez aussi au travers de ce projet, moi, je suis assez impressionné par vos clips. En tout cas, par leur esthétique très travaillée.

Pierre : Merci beaucoup ! Il y en a deux qui ont été réalisés par Jonathan Lhote, qui est un photographe et vidéaste qui travaille avec des artistes français et internationaux, plutôt sur la scène métal. Avec Jules, on a choisi les morceaux qui nous paraissaient « clipables » dans le sens où ils contenaient une atmosphère qui pouvait amener à un clip cool. Une fois qu’on avait une espèce d’esquisse, on la partageait à Jonathan, qui y rajoutait sa patte.

Tout est fait de façon « homemade ». Ce sont des clips qui coûtent très peu cher parce qu’on a tout fait nous-mêmes.

Pour Stop the clock, on a rassemblé des archives vidéos de notre enfance et pour Follow my call, on a fait ça avec Timothée Paul, chez lui, sur un fond vert. Finalement, avec leur talent, nos idées et un peu de bricolage, on a une esthétique qui nous ressemble et qui rend bien avec un budget très réduit.

Et arrive Overflow que j’adore !

Merci beaucoup.

Le délire en tutu, on ne s’y attend pas. C’est ultra décalé, c’est simple, mais c’est hyper efficace.

Pierre : Overflow, on l’a fait avec Jonathan. C’est le dernier clip qu’on a réalisé avec lui. Il a été tourné dans le jardin chez ma mère de 22h jusqu’à 4h du matin.

Jules : En fait, le clip est assez minimaliste, mais le message pour nous, il est clair : notre idéal est basé sur une dualité permanente. Et pour ce clip-là, on s’est dit, qu’est-ce qui est l’opposé du punk ? On s’est dit, la musique classique, c’est quand même assez opposé avec ce qu’on fait. Et le classique, on l’associe souvent au tutu. Du coup, on s’est foutus un tutu sur un clip punk.

Revenons à votre album. Pour moi, il est très bien réalisé et très cohérent. Et si on s’intéresse aux messages que vous portez, sur les questions de dualité, sur le manque d’amour, sur cette incompréhension du monde, j’ai le sentiment qu’on est un peu tous dans ce truc aujourd’hui, à essayer de trouver comment émerger de ce marasme dans lequel on ne comprend plus grand-chose, non ?

Jules : Bien sûr, je pense qu’il y a ça. Pierre parlera mieux des paroles que moi parce que c’est lui qui les écrit. Sur la partie composition, j’avais vraiment besoin d’extérioriser plein de choses que je ressentais. Quand j’ai composé les morceaux, c’était dans une période de ma vie où j’étais en crise d’angoisse perpétuelle car je suis quelqu’un de très, très anxieux. Grâce ou à cause de cette anxiété, je ne sais pas, j’ai composé, les dix morceaux qui façonnent l’album. Mais on n’avait pas envie de garder une image ultra sombre ou dépressive. En fait, nous… Enfin, moi en tout cas, j’avais besoin d’extérioriser tout ça par une image beaucoup plus claire. J’avais l’intime conviction qu’en se foutant de la gueule de ces troubles, ça allait les rendre plus vulnérables.

En fait, avec Pierre, quand on n’est pas bien, au lieu de s’atterrer et de rester bloqués sur nos trucs, on préfère plutôt rire d’une situation qui est grave ou qui nous fait du mal. Et c’est comme comme ça qu’on arrive à passer au-dessus. Et c’est exactement la façon dont on a façonné notre direction artistique : on a pris ce côté très sombre des paroles et des morceaux pour en faire quelque chose d’ultra lumineux et d’ultra joyeux. Parce que c’est comme ça qu’on vient briser toutes ces choses sombres. Et du coup, ça va beaucoup mieux.

Pierre : Alors moi, je suis quelqu’un de beaucoup, beaucoup moins anxieux que Jules. Je n’ai pas que les troubles qu’il peut avoir. On est donc assez complémentaires et différents à la fois sur ce sujet-là. Et c’est cool parce qu’on arrive à se retrouver malgré tout.

Quand j’écris les paroles, ce que je raconte, c’est des choses que j’ai vécues, que j’ai senties.

Mais dans notre processus de création, c’est Jules qui m’envoie les maquettes des morceaux sur lesquels il pose un air en yaourt. Et moi, quand je reçois ça, j’y entends des mots.

Jules : C’est Harry Potter, le gars !

Pierre : C’est ça, de la sorcellerie ! De là, petit à petit, j’arrive à distiller un propos qui m’est propre.

Personnellement, l’écriture que je préfère et qui m’a beaucoup marqué, c’est celle des Smiths. Et c’est un peu ce qu’on cherche à produire : des prods assez entraînantes et des airs qui te restent dans la tête assez facilement malgré des thèmes très sombres ou lourds. Et je trouve que ça marche plutôt bien. Je suis assez content du rendu.

J’imagine que vous êtes heureux de voir aboutir ce projet ?

Jules : Je pense que le truc pour lequel on est le plus fier, c’est que pour la première fois depuis qu’on se connaît et qu’on fait de la musique, on s’est trouvés. On a juste su rester nous mêmes et délirer entre potes et c’est comme ça que le message profond, il est arrivé. Sans se poser la question de quoi faire ou de quoi dire aux gens. Et les choses se sont faites toutes seules en restant nous mêmes, moi avec mon anxiété et Pierre avec son second degré.

Nous l’affirmons, FireClub est un groupe à découvrir de toute urgence et vous avez de la chance, il tourne pas mal dans les semaines qui viennent :

30 avril – Release party à l’Intermédiaire – Marseille (13)

7 mai – Finale Orizon Sud – Espace Julien – Marseille

10 mai : American Crazy Cars – Seignosse (40)

23 mai – Fête de la Bière – Grans (13)

27 juin – Festival les Boissomnies – Esse (16)

9 juillet – Gare de Coustellet (prog hors les murs) – Maubec (84)

10 ou 11 Juillet – Nuits du Sud – Vence (06)

Crédits photos : Jonathan Lhoste

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