Tribune

Les filles se lâchent : coup de gueule contre le harcèlement en festival

25 août 2017, Blue.B
Festival Saint Maurice de Goudans 2017

Il y a peu, une chroniqueuse du Musicodrome s’est rendue « entre filles » dans un festival de métal en région Rhône-Alpes placé sous le signe de la bonne ambiance. Un week-end de détente accompagné d’une bonne dose de musique en somme. Toutefois c’est à une bonne une dose de « beaufitude » chargée d’harcèlement moral et physique qu’elles se sont confrontées. Cet article n’a pas un but moralisateur, ni accusateur mais invite plutôt les lecteurs/trices à faire attention à ces comportements inadmissibles et inexcusables de certain festivaliers à l’égard de leurs congénères féminins. 

Choquée et mise au pied d’un mur durement réel, Blue.B -participant à des festivals en tout genre depuis le berceau- a découvert pour la première fois l’envers du décor de ces lieux habituellement bon enfant et joyeux. Cette expérience nous a ouvert les yeux sur des actes trop souvent minimisés ou mis sous silence prétextant l’amusement et l’ivresse de l’instant. Refusant de plier sous des excuses illégitimes, il est impossible de s’empêcher de vouloir dénoncer et témoigner des événements de ce week-end qui restera comme notre pire expérience en festival.

Nous ne remettrons en cause ni le festival en question qui ne sera ni cité, ni incriminé, de même que les membres de l’orga ou les groupes à l’affiche. Nous ne remettrons également pas en cause le genre musical. Le métal n’appartient pas, ou du moins n’est pas réservé, aux hommes : la musique est libre d’écoute pour tous et toutes. Nous refusons de stigmatiser un style musical à un public car il n’y a de public type pour aucune musique. Nous sommes également bien entendu conscients que l’attitude de quelques-uns ne représente aucunement celle de tous et ce fort heureusement. Le problème reste entier, se rendre dans certains festivals ne devrait poser de problème à aucun/e d’entre nous. Pourtant il arrive, et ce assez souvent, que les filles soient victimes de comportements bestiaux au sein de ces environnements de fête. L’ambiance festive donne-t-elle tous les droits ? Non. Pas plus que d’habitude. L’alcool et autres stupéfiants ne sont pas pour autant une excuse à une attitude incontrôlée envers quiconque.

Soyons clair, si notre démarche permet ne serait-ce qu’une prise de conscience collective et active ou encourage seulement au bien-être commun, c’est son seul et unique but.

Nous pouvons ainsi débuter notre pamphlet. Voici donc l’envers du décor version féminine du festival Rhônalpin.

Jour 1 : Lors de notre arrivée à Saint-Maurice-De-Gourdans, nous avons posé notre tente comme il se doit pour trois jours de festival endiablés. Loin de notre première expérience, le geste nous a paru bien naturel. Nous étions quatre nanas de dix-neuf à vingt et un ans, nous aurions pu être votre sœur, petite amie ou encore de simple connaissance. Ici, nous n’étions que quatre inconnues, se retrouvant pour découvrir pour la première fois ce spot de musique réputé pour être sympathique. Cela change-t-il un instant la perception d’autrui ? La question, nous le pensons, se pose.

Dès la pose de notre tente, nous avons été abordées plusieurs fois à coup d’invitations salaces et de mauvais goûts. Jusque-là, nous nous sommes contentées d’ignorer, la soirée a commencé doucement sous un soleil de plomb avec peu de monde pour un premier soir. Baignées peu à peu par les riffs de black et death métal, la détente a malheureusement été de courte durée. Regards insistants, réfections, plusieurs accostages d’apparences sans dangers, mais qui nous ont rapidement fait perdre notre aisance. Nous regagnons nos tentes pantoises. Nous passerons sur la bagarre qui a éclaté à notre sortie et autres aléas qui gangrènent également ces lieux de fêtes, pour nous concentrer sur notre perception de femme. Arrivées à la tente, les invitations ont repris malgré les refus polis et un sourire encore pas éteint.

Le bilan de cette première soirée était déjà mitigé. La chaleur avait particulièrement entamé le débat. D’un côté nous avions ceux qui avaient tombé la chemise, de l’autre les adeptes du kilt et, enfin, les moins pudiques en jupe beaucoup trop courtes laissant apparents leurs attributs masculins. Ici se pose une nouvelle problématique, le bikini pour les nanas, les jupes pour les gars, où se pose la limite ? Ayant fait tomber les T-shirt nous avons eu droit à bon nombre de remarques, mais (et c’est ce mais qui nous le pensons fait la différence) à aucun moment nous avons réagis aux jupes et autres tentatives de luttes de contre la chaleur. Non. En revanche, les burnes à l’air montrées volontairement qu’elles soient sous un kilt ou autre tutu, nous posons un véto. Comme disait Sartre, la liberté des uns commence où s’arrête celle des autres. Ici, c’est une question de respect qui a d’après nous été violée. Festival ou pas, le port masculin de jupes ne nous pose aucun problème mais la soulèverez-vous volontairement pour faire la cour en pleine rue ? Nous en doutons. Outre les attentions vestimentaires, le sentiment d’être un morceau de viande a pointé le bout de son nez. Téméraire ou simplement motivée d’avoir payé un pass trois jours, nous nous sommes endormies pour laisser une chance au festival.

Jour 2 : Debout de bonne heure, petit déjeuné payant et nuit rude sous une chaleur croissante. Seul repli : la rivière en contre bas du camping. C’est le début de ce que nous avons appelé la farandole du « queutard ».

En quelques heures, les remarques sont devenues vulgaires et gênantes. Propositions indécentes, dragues insistantes, invitations scabreuses en tout genre… La musique en est devenue secondaire. Tentatives d’escortes devant les toilettes pour filles, etc., toute opportunité a été bonne à prendre pour engager un contact. Nous avions toutes les heures la joie de retrouver certains des « lourds » croisés plus tôt, jamais à court d’idées. Enlacements et prises de main non autorisés sont des atteintes à la vie privée physique. Mais le harcèlement n’est pas uniquement physique, le harcèlement peut être moral et avoir une influence importante sur la psychologie des individus. Les mots peuvent êtres durs, avoir un impact fort sur la personnalité d’autrui. Même un « wow t’as de beau seins » ou un «t’es chaude toi » qui peut sembler d’un vulgaire ordinaire de nos jours est nullement un compliment, c’est une agression. Et toute agression implique des séquelles. Se faire tamponner de force à l’encre noire une phrase salace sur « la Fistinière » est aussi une agression. Le refus de participer à des activités d’apparences bénignes doit être respecté. D’autant plus s’il rabaisse la femme à un simple organe reproductif.

Nous nous doutons à présent de la question que vous vous posez. « Pourquoi ne pas être allé voir la sécurité ? » Bien sûr, notre fierté à nous défendre par nos propres mots a eu ses limites, mais s’il nous a effleuré l’esprit d’appeler une aide extérieure, la sécurité ne nous est pas venue en premier. En effet, tandis que nous nous rendions une nouvelle fois sur le camping, un membre de la sécurité nous a gentiment proposé un contrôle de short, le tout sur fond d’un compliment bien particulier : « nous étions très jolies de dos ». Aussi nous sommes nous contentées d’ignorer tout ce petit monde, restant simplement dans les lieux les plus fréquentés.

A présent c’est à nous de rebondir sur cette phrase citée plus haut «  les lieux les plus fréquentés ». Si nous avons fait notre possible pour rester proche de l’affluence, force est de constater que personne, et c’est sur ce personne que repose tout cet article, personne a aucun moment ne s’est interposé ou n’a manifesté son rejet face à de tels agissements. Nombreux ont été témoins de ces piques sexualisées ou désobligeantes mais personne n’est intervenu. Chose d’autant plus affolante quant à la suite de notre récit.

Retournant une nouvelle fois à notre lieu de sommeil, nos « voisins » de tente nous attendaient pour toujours plus d’insistance. Couchés dans notre tente, l’un d’entre eux a même essayé d’entrer malgré les vives protestations de notre part.

Cette deuxième journée nous a déjà bien refroidie, le sommeil est léger et c’est blasées que nous nous sommes tout de même motivées à rester une nuit de plus refusant de plier devant de pareilles aberrations. Toutefois une chose était sûre, le festival était gâché.

Jour 3 : Ce dernier jour sonnait comme une libération incompréhensible. Lasses, nous avons encaissées la matinée, refusant de payer pour un café à l’eau et des croissants secs. Quelques remarques ont fusé tandis mais nous n’avions plus le cœur à répliquer. La mascarade a duré jusqu’à 16h. Énervées et épuisées, nous avons décidé de plier bagages et de rentrer chez nous. La goutte d’eau ? Les voisins de tentes devenus beaucoup trop inquiétants et le pom-pom : l’équipe « crew » du festival qui s’y met. Nous avons donc décidé de ranger calmement, ratant ainsi la dernière soirée de concerts que nous avions pourtant payée.

Ainsi s’est achevé notre périple qui s’inscrit comme la pire expérience de festival jamais vécue à ce jour. Dégoûtées, nous n’y remettrons plus les pieds et avons raté notre week-end à cause de comportements primitifs, négligés et antisociaux. Il est important de souligner que le festival en sera le premier impacté même si il n’en est bien entendu pas responsable, nous ne cautionnons pas les faits et refusons de payer à nouveau pour un tel fiasco. La publicité ne sera également pas faite. Toutefois, si notre expérience ne reflète pas celle de tous et n’est certainement pas celle de la majorité, nous tenions tout de même à la partager car elle peut s’apparenter à beaucoup d’endroits festifs.

Nous nous devons enfin de terminer cet article sur une touche de prévention et nous vous invitons à rester vigilents/es. Témoins d’harcèlements par les mots ou d’agressions en tout genre, ne restez pas les bras croisés. Ces « jeux » sont des crimes et la fête n’en est pas graciée. Femmes ou Hommes n’ont pas à subir la décharge des frustrations sexuelles des uns ou des autres, que ce soit en festival ou ailleurs. Les liens sociaux et contacts peuvent se faire sans violence, une simple discussion amène toujours à de plus belles rencontres qu’une invitation à baiser dans les douches du camping. Pour finir, le plus important, le « non » doit être entendu et respecté car tout individu doit être entendu et respecté.

Il est important de souligner une dernière chose, les festivals sont des lieux d’échanges et de passion. Nous sommes tous regroupés pour faire la fête et passer un bon moment, convivial et amusant, nous ne nous arrêterons pas d’en faire et espérons que le prochain se passera aussi bien que les autres jusqu’à présent. Cette mauvaise expérience n’est pas un moyen de nous dégoutter ou de nous faire peur… mais elle est un électrochoc qui nous pousse à être attentif aux autres et à agir quand des personnes mal intentionnées tentent de violer nos droits et libertés d’Hommes et de Femmes.

Continuons à danser et serrons nous les coudes amis festivaliers qui, comme nous, amoureux du son et de la fête, partagent les valeurs du bien être commun.

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