JF Pauzé « Les amours de seconde main » (2025)

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En novembre 2023, le Québec est secoué par la mort de Karl Tremblay, le chanteur et figure emblématique des Cowboys Fringants. Une annonce qui secoue toute la scène francophone et bien au-delà d’outre Atlantique tant l’aura des Cowboys Fringants est immense. Un peu plus de 2 ans plus tard, une partie du groupe emblématique québécois a décidé de relancer la machine. Son nouveau fer de lance s’appelle Jean-François Pauzé.

La disparition de Karl Tremblay, même si sa maladie était connue, fut un choc. Même aujourd’hui, on se demande encore comment un homme bouillonnant et plein de vie a-t-il pu quitter le monde des vivants si jeune. Il faut dire que certains groupes dégagent quelque chose d’étrange, comme s’ils étaient tout simplement immortels. Les combats contre le crabe sont toujours difficiles, parfois insurmontables. Mais certains sont victorieux. Il faut y croire. C’est obligatoire d’y croire pour espérer l’emporter. Naïvement, je pense que tous les fans du groupe se sont dits que Karl finirait par l’emporter. Que le déni peut être puissant parfois ! Les Cowboys Fringants sont orphelins et sa grande famille aussi.

Au fil des albums et de toutes les merveilles que le groupe a façonné toutes ces années, les hommes partent mais les écrits restent. Comme leur musique. Je me rappelle cette foule incroyable, à l’été 2023, où près de 90 000 personnes s’étaient massées pour la fête du Canada. Outre la fête, cette date signe un des tous derniers concerts des Cowboys Fringants avec un Karl Tremblay très affaibli. « Laisse ta tête sur mon épaule… « .

L’échappée du Docteur Pauzé

Après l’album révérence « Pub royal » des Cowboys Fringants en 2024 et la chanson crève-cœur La fin du show, Les Cowboys passent en sourdine. Marie-Annick Lépine travaille sur la suite de son projet solo et Jean-François Pauzé aussi. Pour ce dernier, cette annonce est plus déroutante puisque, à l’exception de ses virées en duo avec Karl en parallèle des Cowboys, nous ne connaissions pas Docteur Pauzé en solo !

En fin d’année 2025, ce cher monsieur Pauzé s’est donc dévoilé. « Les amours de seconde main » marque un nouveau départ avec ce tout premier album assumé. Puisqu’il en faut, en ouverture du disque, créé une secousse inattendue.

Puisqu’il en faut… déroutant

A vrai dire, il est déroutant ce Puisqu’il faut, d’autant plus que ce titre lance ce disque post-Cowboys Fringants. Si vous êtes un habitué des Cowboys Fringants, vous avez certainement marqué un temps d’arrêt en l’écoutant. Tout colle, tout coïncide. Ici, le passé rattrape le présent ! Il ne faut pas oublier que JF Pauzé reste le co-fondateur des Cowboys Fringants, avec Karl justement.

Musicalement, les choses sont claires : ce morceau, autant par la rythmique, la mélodie et ses paroles, aurait pu figurer sur un album des Cowboys. C’est parfaitement aligné avec leur univers. Ensuite, il faut garder en tête que Jean-François Pauzé est la plume des Cowboys, c’est lui qui était majoritairement à l’écriture des textes. Là où c’est un peu plus déroutant, c’est qu’il chante comme Karl et qu’à la première écoute, on pourrait même penser que c’est lui !

Un peu plus loin, Ballon-sonde s’élève dans le ciel. Ce début d’album est chargé en émotions. C’est le cœur lourd que l’on comprend que ce Ballon-sonde est un hommage à la disparition de son ami Karl. Inutile de le nommer, les mots employés tombent sous le sens. Cette dureté, cette plaie encore ouverte, elle se retrouve ailleurs sur le disque. Sur le morceau La route du nord, en clôture d’album, JF Pauzé a choisi la sobriété pour un dernier voyage. « Le temps est à la mort, derrière les brumes basses, novembre qui trépasse ».

Avec un combo acoustique guitare/voix/harmonica qui vous transperce littéralement, JF Pauzé, « tout seul sur le chemin », envoie un ultime salut à son ami disparu. Une fin d’album en berne qui marque un traumatisme de vie. C’est ça, aussi, la force de la plume associée aux textes des Cowboys : les tumultes de la vie, les bons comme les mauvais, ils savaient les mettre en musique sans forcément les personnaliser. L’absence de personnalisation de cette plaie, ici la mort, cela permet à celles et ceux qui écoutent de s’y identifier et de se les approprier si on y a été confronté. Il est là le tour de force.

L’étau se desserre… un peu

Outre ces dimensions personnelles et émotionnelles fortes, JF Pauzé a réservé des chansons un peu plus légères. Tout n’est pas noir sur le disque et il faut en parler : en effet miroir, il y a le subtil morceau Bisous qui parle d’aventures d’hommes volatiles. Il se délecte et se lâche sur le Fond d’pichet sale de sangria qui met en musique un éternel célibataire. Il aime naviguer sur des terres country/folk, comme au début des Cowboys, et ce fil rouge est également conservé.

Même s’il n’y a pas de personnage clairement mis en musique dans ses compos (comme avec des prénoms), l’album est jalonné de parcours de vie. Les morceaux précédemment cités entrent dans cette catégorie, un autre s’ajoute, il s’agit de l’histoire de cette jeune ado qui quitte le cocon familial pour affronter la vie. « Qu’on le veuille ou qu’on le veuille pas, on est seuls au combat ». Elle s’y casse les dents, elle ne fait pas forcément les bons choix, mais elle tente de s’en sortir Emmêlés dans ses ch’veux.

Cette notion d’espoir se répercute sur Un chez toi. Toujours très nostalgique d’une époque révolue, les morceaux Un chez toi ou encore Les amours de seconde main rappellent des souvenirs. Le violon qui vient se greffer au tout a le don de redynamiser l’ambiance générale.

Une plume hors pair

La plume de Pauzé sait, aussi, hausser le ton et il fallait bien que certains morceaux sortent du lot sur cet aspect. Le clash ravive la flamme de sujets qui ont toujours tenu à cœur des Cowboys et de Jean-François Pauzé. Les thèmes sociétaux, le dérèglement climatique et toutes les conséquences que cela entraîne ont également leur place. Certains pourraient y voir une suite au morceau L’Amérique pleure présent sur l’avant dernier album des Cowboys par sa musicalité. La petite pique contre Sudbury, une des plus grandes mines au monde, sonne un peu comme déjà entendu mais à le mérite de rappeler l’existant.

En conclusion, vu le nombre de fois où Les Cowboys Fringants ont été cités dans cette chronique, il est évident que la frontière est mince entre ce que nous avions l’habitude d’entendre chez les Cowboys par rapport à cet album solo de Jean-François Pauzé. En revanche, après le trauma associé à la disparition de Karl Tremblay, cet album “Les amours de seconde main” fait du bien au cœur et à la tête. Déjà, il nous permet de découvrir Jean-François Pauzé ailleurs que derrière sa gratte ou sa plume. Ensuite, il a osé se mettre au premier plan pour proposer un projet solo qui reste qualitatif, attachant et entraînant. Alors, que demander de plus ?

JF Pauzé, « Les amours de seconde main », 11 titres (45 minutes), disponible depuis le 3 octobre 2025

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