Une expérimentation pour la survie des soirées électro du Black-Out (Montpellier, 34)

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Montpellier est une ville très attractive qui subit de fortes transformations depuis plusieurs années. Ce phénomène qu’on qualifie de gentrification, induit paradoxalement une transformation de la vie nocturne marquée par de nombreux conflits d’usages. Les lieux de concert se trouvent indubitablement au cœur de ces tensions, menaçant parfois jusqu’à leur existence.

En ce début d’année, c’est un post Instagram de l’asso 303 BPM qui a attiré notre attention :

Au Black Out, la qualité sonore se dégrade depuis un moment. Pas par choix artistique mais par pression du voisinage (…)

Plutôt que de laisser la culture s’éteindre sous la contrainte, on préfère expérimenter et rester solidaires des lieux qui nous accueillent.

Car oui, il est bien question de soucis de voisinages une fois de plus. Un phénomène récurent dans le centre de Montpellier qui a déjà conduit plusieurs lieux à fermer ou du moins, à limiter l’expression des musiques amplifiées.

En arrivant sur place et suis saisi par l’ambiance particulière qui règne ce soir du côté de la salle du Black Out, un bar qui existe depuis 2014 et qui a accueilli des centaines d’artistes.

Quelques basses à peine audibles émergent du fond de la salle tandis que je vois s’agiter des corps dont la tête est surmontée d’un casque audio coloré.

Je croise assez vite Thibault, du collectif 303.BPM qui m’explique qu’ils expérimentent ce soir une autre manière de vivre la musique. Confrontés à la difficulté de trouver des lieux où programmer des soirées électro et face à des plaintes régulières du voisinage, ils ont décidé de proposer à leur public de s’équiper de casques pour vivre différemment l’expérience du live. Ceci grâce à la bonne volonté du Black Out qui y voit un moyen de maintenir une scène vivante dans son lieu.

C’est Vincent qui s’occupe de la distribution des casques à l’entrée de la salle. Au total, 60 casques ont été acquis par le Black Out, soit un investissement de près de 2 000 €. Une première expérimentation avait été testée en décembre et l’organisation revue ce soir pour faciliter la gestion nous explique Vincent. Chaque spectateur récupère un casque en échange d’une carte d’identité, de ses clefs d’appartement ou de tout autre objet de valeur.

Les casques sont gardés pour la soirée et captent la musique jouée dans la salle jusqu’à la terrasse extérieure. Il est 22h et il reste moins de 10 casques, ce qui montre le succès de l’opération pour ce premier test grandeur nature.

L’autre particularité de la soirée est que tout le monde porte un casque, à savoir le public mais également le DJ sur scène ainsi que l’ingénieur du son.

Peu de temps après notre échange, un groupe arrive et se retrouve frustré de ne pouvoir participer à la soirée du fait de l’absence de casques supplémentaires. Car bien évidemment, sans casque, on ne comprend pas trop ce qui se passe dans cette salle… Succès donc avec un retour plutôt positif des personnes croisées pour cette drôle de soirée motivée uniquement par des plaintes de personnes décidant de venir habiter au-dessus d’un bar…

Bien entendu, ce dispositif n’est adaptée qu’à la musique électronique, personne n’ayant pour l’instant de solution à proposer pour les instruments amplifiés.

Cette situation représente tout de même un vrai paradoxe où les acteurs de la culture doivent inventer des solutions pour la faire vivre alors que ce sont bien tous ces concerts et événements live qui maintiennent l’attractivité et font vivre la vie nocturne du centre ville.

Le sujet est loin d’être clos tant la cohabitation, entre citadins cherchant le calme dans des centre villes réaménagés et noctambules, est devenue compliquée. Un sujet pas si anodin en ces périodes d’élections municipales !

De notre côté nous suivrons cette expérimentation afin de voir si elle répond ou non aux attentes des amoureux de la nuit.

Crédits photos : Olivier Scher

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