Chronique

Ausgang « Gangrène » (2020)

5 mai 2020, Aiollywood
casey ausgang gangrène 2020
Temps de lecture : 2’00

Derrière les murs, la ville. Une ville noire. Une ville qui suffoque à deux doigts de crever. A bord de l’asphyxie et de la crise de nerf, la gangrène est en train de tourner vinaigre. Les riffs raisonnent, les lames s’affutent, le froid de la nuit laisse place à une fournaise bouillante. Ausgang. Ou le premier acte d’un uppercut qui met l’auditeur KO plus de 10 ans après Zone Libre.

Il y a un temps pour tout. Après une longue gestation, Ausgang pointe son nez dehors. Avec Casey en chef de meute, la « Gangrène » n’est pas éradiquée de sitôt. A quelques jours d’une entrée en confinement d’une bonne partie de l’Europe, 10 titres sont venus réveiller nos sens pour tâcher de les exciter avant de sombrer dans le chaos. 44 minutes pour nous forcer à garder les yeux ouverts et comprendre le mal qui se répand inexorablement dans nos têtes. Presque 2 mois après, la déflagration se fait encore entendre.

Un bon son brut pour les truands.

Rock, rap, fusion. Force de frappe décuplée. Batterie, guitare et machines pour un flow rasoir. Un retour dans le passé, avec Marc Sens, mais aussi un bond dans l’après avec Sonny Troupé et Manusound. Un album pour tous les rallier.

Chuck Berry après Jimi Hendrix. Cyclique. Entêtant. Fracassant. Une plongée dans l’abime, sans bouteille, plombée par le passé. « Et je suis noire dans un monde blanc, c’est impossible que je me taise ». Au bord de la noyade, « les sentiments partent et la haine reste ». Aidez-moi. Appelée par la rage, rongée par l’aliénation d’une société qui méprise les minorités, il n’y a plus qu’un pas à franchir… Pourtant, la batterie tape, la machine ronronne, la flamme se rallume.

Agitée par des beats martelant subitement la tête, la Gangrène mute. Devenue hybride, elle entraîne la mort par l’existence. Froide et manipulatrice, elle impose une Bonne conduite sans aménagement de peine. A l’ombre du drapeau, « on te croit inapte, on te veut inerte, c’est soit tu t’adaptes, soit tu signes ta perte ».

C’est dans cette mare rock, presque nappée, que les voix finissent par s’élever : contre l’Élite, forcément, où l’arrogance des uns nourrit la fronde des autres. Un calme apparent avant de dégainer un retentissant Bâtard, punk et saturé, qui rappelle les plongées en eaux troubles des groupes contestataires des années 90 !

Comme une ombre, Ausgang trace sans se retourner, en serrant les dents. Les comptes toujours pas réglés, la marche en guise d’échappatoire (Ma complice), Casey ne semble pas pour autant calmée…

Une couleur de peau comme bagage, un bagage comme fardeau. Derrière les murs, la ville. Une ville sans pitié, où injures et intimidations copinent à outrance. Un rock poisseux, un rap rugueux, Ausgang contre-attaque. Et c’est puissant !

Ausgang, « Gangrène », disponible depuis le 6 mars 2020 chez A-parté (10 titres, 44 min)

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