Chronique

Ubikar : plongée en eaux profondes avec « Altitude zéro » (2016)

7 juin 2016, Aiollywood

Découvert dans un premier temps en live, sur les planches du Club de Paloma lors d’un Local Heroes, la perf’ réalisée par les lyonnais d’Ubikar ne pouvait pas laisser insensible. Quelques mois plus tard, nous avons pris le temps d’écouter leur galette, « Altitude zéro », qui est sortie au printemps dernier. Un second opus sorti tout droit des abîmes, Ubikar est en colère…

Ubikar Altitude Zéro

Après un premier EP déjà rempli de fougue (« Tumulte de blanc »), Ubikar vient tout juste d’ajouter 7 nouveaux titres dans son escarcelle. Sept titres qui sentent l’essence, sept titres synonymes de déflagration tant la fureur libérée envahit les ondes. Le trio s’y connait en fureur : il sait l’apprivoiser avec subtilité tout comme il peut lui arracher ses chaînes pour devenir incontrôlable.

Trempé dans les grands bains d’Ez3kiel, Hint, Naö ou encore dans le côté dark d’High Tone, Ubikar vient d’entamer une course poursuite funeste avec les machines, parsemées de guitares et de riffs affûtés. Doté d’un métal hybride, les machines électroniques mènent la danse, presque bass music, en invitant progressivement les guitares à déverser leurs sons rock sur Substance. Alchimie des genres, équilibre des saveurs, les tendances psyché renvoient une réplique dub, indécente, poussant à la transe, avant de saturer. Ce penchant digital s’exprime sans disgrâce sur Eklipse, stratosphérique, aux accents d’un Volfoni’s revenge (Ez3kiel, « Battle field »). Par ces escapades planantes, Ubikar se délecte de l’aisance avec laquelle il construit ses morceaux : sur Totem, l’air est chargé de plomb, les basses frémissent, les guitares rugissent et s’évanouissent aussi vite qu’elles sont apparues.

Progressivement, l’équilibre se rompt. Ubikar lève le voile : Weedsdom en est l’exemple le plus révélateur. L’invitation au voyage n’était qu’un leurre, le combat paraîtrait même biaisé : « Violence frénétique vs. esprits torturés » ne pouvait accoucher sur un vainqueur. Ubikar pioche des ingrédients à chacun de ces deux guerriers pour proposer un track volcanique ! La folie mécanique bouleverse les sens, les notes s’entrechoquent dans un fracas métallique (L’ost), la chrysalide post-rock enveloppe l’atmosphère. L’apparition brutale de Ben Sharpa, au chant, sur Planet Bukowski et Cops, apporte les derniers éléments manquants à ce puzzle obscur : avec son flow tranché et saignant à souhait, Ubikar revêt temporairement des penchants hip hop, flirtant avec la fusion, pour renforcer son emprise.

Plongée en eaux profondes, l’emprise d’Ubikar est noire et la pression exercée sur son auditoire ne fait aucun doute. La rage d’Ubikar se dégueule, sans mal au crâne, et elle ne demande qu’à s’exprimer.

Live aux Abattoirs « Weedsdom »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. L’ost
2. Planet Bukowski (feat. Ben Sharpa)
3. Substance
4. Eklipse
5. Cops (feat. Ben Sharpa)
6. Totem
7. Weedsom

Durée : 32 min
Sortie : 7 mars 2016
Genres : Post-rock / Electro / Dub
Label : autoproduit

Articles affiliés :

La Canaille La nausée

La Canaille : « La nausée », la réalité (2014)

23 septembre 2014

Stupeflip « The hypnoflip invasion » (2011)

14 mai 2011
Critique Asian Dub Foundation A History of now 2011

Asian Dub Foundation « A history of now » (2011)

19 février 2011

Pas de commentaire

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Conception & réalisation : Cereal Concept