Chronique

Tagada Jones « Dissident » (2014)

20 juin 2014, Aiollywood
Tagada Jones Dissident 2014

Les Tagada Jones continuent leur route en 2014, plus que jamais remontés contre les maux de la société actuelle, en sortant leur neuvième album studio, « Dissident », aux allures suintantes auxquelles les guitares ne demandent, comme toujours, qu’à rugir. 

Les Tagada Jones ont décidé de passer la vitesse depuis ces derniers mois : après l’excellent live « 20 ans d’ombre et de lumière » sorti à la fin de l’année 2013 afin de célébrer dignement ses 20 ans de carrière, la joyeuse bande d’agités amenée par Niko semble être arrivée à maturation. A l’époque, lorsqu’elle sortait le détonant « L’enver du décor » en 2003, rien ne laissait penser que le groupe allait avoir beaucoup de mal à se relever de cet opus considéré par beaucoup de fans comme « l’album de la consécration ». Car la suite, elle, fut moins alléchante : « Le feu aux poudres » (2005), cruellement lisse et si linéaire, laissa les amateurs du groupe pantois, en plus orphelin de son second chanteur, Gus, parti vers de nouvelles contrées. Sans ratteindre cet âge d’or, « Les compteurs à zéro » (2008) laissait entrevoir à nouveau la lumière tandis que « La descente aux enfers » (2012) renvoyait de bonnes ondes…

« L’ombre est lumière » comme chantait IAM en 1993, cela fait parti, après tout, de l’histoire des groupes. Des réussites, quelques accrocs, mais une popularité qui ne faiblit pas auprès des punks bretons. Si les derniers albums souffrent d’un manque de renouvellement certain, les Tagada gardent cette étiquette de véritable détonateurs en live. Une nouvelle fois, nous avons donc suivi de près la sortie de cette énième galette, « Dissident », sortie à la fin du mois de février, mais sans forcément avoir des attentes particulières.

Car c’est finalement lorsqu’on s’y attend le moins que l’on est surpris ! Sur « Dissident », le premier constat est « putain, la gouache est de retour ! ». La formule est une nouvelle fois constituée de deux parties : 12 titres bruts de décoffrage avant de laisser la place à 8 reprises accompagnées des amis du groupe. Et « Dissident » porte bien son nom : enragés au possible, les Tagada Jones poursuivent leur combat avec violence ! Les trois titres d’ouverture en mode rouleau compresseur, en disent long sur l’état d’esprit du groupe : De l’amour et du sang, à travers les déboires de l’histoire, lance un premier appel de prise de position face au grand folklore mondial ; Instinct sauvage, alimenté d’un métal/hardcore démoniaque ne laisse rien transparaître (« la crise n’existe pas, salope invention de l’état, l’argent coule à flot au coeur de l’édifice mais seule l’élite fera des bénéfices ») tandis que Vendetta, guitares rugissantes, interpelle nos têtes pensantes étatiques.

Si la suite est davantage en dents de scie avec quelques tracks (Liberticide, XXL, Tous unis, Tout casser) d’un registre punk/rock assez récurrent dans les dernières galettes, on retiendra le message hurlé par Niko : « punk, métal, hardcore, peu importe l’univers, nous sommes les enfants d’un mouvement libertaire ! 20 ans de lutte contre l’ignorance, d’alternative et d’indépendance, 20 ans qu’on se bat et qu’on se serre les dents, c’est pas maintenant qu’on va quitter les rangs ! ». Bercées par les albums des Bérus, leurs influences ressortent d’ailleurs à de nombreuses reprises comme sur Karim & Juliette, pt.1, calée sur le rythme et les rimes d’un certain Vivre libre ou mourir, ou encore sur Dissident, aux choeurs punk universels (« hey oh ! », cyclique).

Et quand ils ne prennent pas les choses avec satire (Tout va bien), c’est pour mieux prôner Le chaos (même s’il présente des similitudes avec Climax, de La Phaze) ! Baignés dans les influences de groupes « pilliers » ou noués d’amitiés, Tagada Jones partage le micro sur la dernière partie d’album avec des reprises qui, a contrario de certains albums, cassent tout sur leur passage : mentions spéciales à Ni dieu ni maître (feat. Poun), démoniaque, avec un punk de la grande époque, à On ne chante pas, on crie avec l’irrésistible Reuno de Lofofora ou encore les très hurlants Skin ou keupon (Tulaviok) et I’m hungry (Anti-héros), à l’ancienne ! Dommage cependant que Dernier rendez-vous, chanté avec Guizmo (Tryo) soit un cran en dessous…

Avec « Dissident », Tagada Jones confirme son regain de forme sans contestation. Avec ce nouvel album plus hurlant que jamais, les rennais n’hésitent pas à retourner dans leurs fondamentaux pour hisser à nouveau le drapeau noir. Au final, pour que cet album soit parfait, il ne manquait pas grand chose : probablement une durée un peu moins longue (20 morceaux pour 1h de son, on ne s’en plaint pas, mais par moment, la similitude de certains morceaux aurait mérité, peut-être, d’en enlever) et ces fameux sons digitaux, envolés avec Gus depuis maintenant 3 albums, qui manquent toujours terriblement à l’univers que nous avaient habitués les Tagada Jones.

Mais ne faisons pas la fine bouche, avec cet album-là, Tagada Jones risque bien de rassembler à nouveaux ses plus anciens fans !

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
01. De l’amour et du sang
02. Instinct sauvage
03. Vendetta
04. Liberticide
05. Karim & Juliette, pt.1
06. Tout va bien
07. Le chaos
08. XXL
09. Dissident
10. Tous unis
11. Superpunk
12. Tout casser
13. Vivre (Vinc’)
14. Blasphème (Pepel, Stéphane Buriez)
15. Ni dieu ni maître (Poun)
16. On ne chante pas on crie (Phil, Reuno)
17. Dernier rendez-vous (Guizmo)
18. Skin ou keupon (Tulaviok)
19. I’m hungry (Anti-héros)
20. Karim & Juliette, pt.2 (Tagada Noir) (Loran)

Album : 9ème
Sortie : 17 février 2014
Durée : 1h05
Label : At(h)ome
Ecoutez l’album sur Deezer : suivez le lien ici

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