Chronique

Sidi Wacho « Libre » (2016)

18 mars 2016, Aiollywood
SidiWacho JulienPitinome

Le monde de la musique a ses tendances et ses périodes. Il y a eu le punk (80’s), le ska (90’s), l’électro/swing (2000) et depuis quelques années, de nouvelles influences sont particulièrement appréciées : la cumbia avec ses chaleurs latines, ses envies de voyage et ce soleil brûlant. En 2016, un nouveau groupe s’invite à la fête sur le paysage français : Sidi Wacho. Enfin, nouveau groupe… ces gaillards-là ne nous sont pas méconnus.

Sidi Wacho Libre

Il faut bien le reconnaître : depuis que le MAP (Ministère des Affaires Populaires) a rendu les armes, aucun groupe ne les a remplacé. Embarqué par les chanteurs HK et Saïdou, le rap musette Ch’tis se retrouve bien orphelin. Ce n’est pas le nouveau groupe HK & les Saltimbanks qui renoue avec les influences de MAP malgré son militantisme. Avec Sidi Wacho, Saïdou a voulu revenir aux sources : lui qui sévissait dans ZEP (Zone d’Expression Populaire) n’a rien perdu de son flow tapageur à travers ce nouveau projet. Là où la révolution débute, c’est dans l’astucieux mélange des genres. Un savant cocktail rap, hip hop et de cumbia !

Dans ses valises, il a pris son vieux pote accordéoniste du MAP, Jeoffrey Arnone, le trompettiste Boris Viande, le percussionniste El Pulpo ainsi que le chanteur de cumbia, chilien, Juanito Ayala puis Dj Antu. Ce beau monde réunit sous le même drapeau, le rendu est forcément hétéroclite : les mots épousent les langues, les cultures rapprochent les hommes. De Lille à Santiago, il n’y a qu’un pas pour que Sidi Wacho prenne vie et devienne un véritable vecteur d’énergies positives. La musique est Libre, elle fait tomber les frontières, « vibrations de prolos pour faire trembler les bourgeois ». Sur la trace de leurs ancêtres et des grands moments de lutte, Sidi Wacho saute les pages et le temps, à la recherche d’un second souffle « de la rébellion contre leurs maîtres » pour « décoloniser la République » (Con sabor).

Clip « Libre »

En mode « dangereux troubadours [qui] ont braqué quelques concerts », les saltambanks sont bel et bien En cavale avec leurs « grandes gueules illégales ». Saïdou, au chant, rappelle vraiment les envolées du MAP, en particulier sur Ils nous emmerdent (nos cagan), les pieds entre deux continents, bouillonnant, et dégaine sur tout ce qui bouge. Poussé des ailes, Sidi Wacho hausse le ton et défend toujours aussi bien la cause ouvrière et prolétaire, « on n’a que ça à t’offrir, des mots des molotov contre le pouvoir et ses sbires, condamnés à dégueuler tout ce qu’on a sur la piste, condamnés à résister, mental de zapatiste » sur un Disques de charbon qui atteint les hautes sphères.

Heureusement que toutes les traditions ne se perdent pas : sur Salam wacho, Sidi Wacho s’offre son Salut à toi revisité pour rameuter tous les contestataires, « ceux qui rêvent d’un monde meilleur et insultent leurs supérieurs (…) aux porteurs de valises et aux arracheurs de chemise » avec un refrain rassembleur ! L’homme au cœur de la lutte, la fraternité n’est pas en reste, là « où j’ai vu plus d’amour dans nos quartiers populaires (…) que dans leurs tribunaux, leurs ministères » (Ellos), repris à deux voix. Conscient de partager des libertés bafouées et d’hommes et de femmes contraints à l’exil, La tierra peut résonner avec lourdeur en compagnie de Flavia Coelho, « les valises de chibanis posées encore sur les armoires ».

Si l’hémorragie a du mal à être stoppée, la chaleur latine de Sin medio remonte à bloc, « sortez les tambours, les trompettes, les casseroles, c’est à nous de prendre la parole, pas de justice, pas de paix, sur nos pancartes, nos boussoles (…) la rue est à nous on fera péter les châteaux forts » avant que Buena onda perdure le plaisir. Façon circus et totalement déjanté, le Map & show finira comme il se doit de battre le pavé.

Groupe de rencontre et de fête, mais aussi de métissage et de lutte, Sidi Wacho se réapproprie l’histoire et la raconte à sa manière. Comme si le MAP était finalement ressuscité façon cumbia !

Clip « Con sabor »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist

  1. Intro « Bandera de libertad »
  2. Libre
  3. Con sabor
  4. Salam wacho
  5. Sin medio
  6. Disques de charbon
  7. Ils nous emmerdent (nos cagan)
  8. Ellos
  9. Buena onda
  10. La bala
  11. La tierra
  12. En cavale
  13. MAP & show (bonus track)

Sortie : 11 mars 2016
Durée : 45 min
Discographie : 1er
Genres : Rap / Cumbia
Label : Blue Line

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1 commentaire

  • Répondre Sidi Wacho apporte un vent contestataire à la fête effrontée (Lézan, 30) 25.06 - Le Musicodrome 27 juin 2016 at 10 h 46 min

    […] Sidi Wacho confirme tout le bien que l’on pensait d’eux après la sortie de leur premier album. La puissance ressentie sur cd se retrouve sur scène, l’énergie et la bonne en plus […]

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