Chronique

Shurik’n « Tous m’appellent Shu » (2012)

10 mai 2012, Aiollywood
Shurik'n Tous m'appellent Shu 2012

Inutile de présenter Shurik’n : son activisme depuis près de 25 ans dans le groupe de rap marseillais IAM lui confère une reconnaissance inébranlable dans le paysage du hip hop français. Malgré les secousses qu’a connu le crew entre l’ombre et la lumière, Shurik’n n’a pourtant jamais cherché à profiter de sa côte de popularité en jouissant d’une carrière solo peu développée. Tout à son honneur, le rappeur « Jo » a attendu 14 ans pour sortir le successeur de son premier album « Où Je Vis ».

« Tous m’appellent Shu » : une marque bien personnelle pour présenter son deuxième essai. Il faut bien que le MC marseillais mette son projet en avant tant les médias spécialisés ont fait table rase autour de la sortie de l’album. Pourtant, avec ses 15 nouveaux titres, Shurik’n a un sacré défi à relever. Il laisse derrière lui une pépite dont la qualité a été très peu égalée ces dernières années dans le paysage français : « Où Je Vis » avait mis KO debout un auditoire qui le connaissait pourtant à travers IAM.

Adepte d’un rap très minimaliste, Shurik’n avait donc placé la barre très haut pour son nouveau bébé : malheureusement, la première écoute calme nos ardeurs. Si le marseillais n’a pas lésiné sur la durée de l’album (quasiment 1h), ce dernier oscille sur du bon et du moins bon. Adepte d’une instru maîtrisée et jamais dominante sur le flow du MC, Shurik’n déçoit dans le sens où il réutilise, en grande partie, les ingrédients à succès de son premier cd. Il est clair que j’entends déjà des voix s’élever : comment justifier le fait que l’album soit moins bon alors qu’il y a des similitudes avec le premier ? Probablement car Shurik’n ne prend pas de trop de risques sur cet album. La surprise, elle, est restée dans les tiroirs.

Du côté des textes, ils sont toujours très bons… mais se montrent surtout très noirs. Il manque, dès la première écoute, le petit ingrédient qui fait que l’on va rester scotchés contre les enceintes. L’ouverture est en demie teinte : Tous m’appellent Shu manque de peps et croule sous des beats finalement assez simplistes. A ce titre, plusieurs compos comme La Même Chose ou Fugitif 2, malgré le featuring de Samm, n’apportent rien de nouveau à l’univers musical du rappeur. Et lorsque le MC veut prendre ses aises comme sur Tant Que Le Clic, la mayonnaise ne prend pas. Enfin, si les retours n’étaient pas forcément positifs à propos de son premier extrait présenté sur la dernière tournée d’IAM, MC conserve toute sa nonchalance.

Finalement, après plusieurs écoutes, ce sont les morceaux plutôt oldschool qui font mouche : malgré un album inégal, il serait insensé de ne pas reconnaître que plusieurs brûlots se détachent de cette galette. Avec des instrus enfin efficaces, Une Flamme dans le Noir ou Dans le Ciel rappelle la bonne époque. Avec Faut Que Je m’échappe, les tams-tams de l’Afrique sur un beat salvateur, vont faire secouer les têtes. Toujours particulièrement appréciés, les tracks personnels de Shu ne manquent pas de force (Mon Fils, Tranche de Vie) même avec des mélodies assez cycliques. La hargne et la fureur jamais bien loin, Bombe le Torse marque un point. Le délire plus funky avec son acolyte Akhenaton sur Le Sud apportera, lui, un peu de fraîcheur à l’album.

La déception a pris le pas sur le reste… Il est évident que 14 ans après l’énorme « Où Je Vis« , les espérances de voir un second coup de maître par une des têtes pensantes d’IAM étaient là. Croissantes avec le temps, elles se sont presque évanouies en un souffle. L’album n’est pas mauvais en soi mais il est clairement en demie teinte. Pas dit que les amateurs d’IAM y trouvent leur compte…

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1) Tous m’appellent Shu
2) Une flamme dans le noir
3) Fugitif 2 (feat. Samm)
4) Dans le ciel
5) Bombe le torse
6) La même chose
7) Ici
8) Mon fils
9) Faut que je m’échappe
10) Vivre (feat. Saïd)
11) Tant que le clic
12) Comme vous (feat. Akhenaton & Saïd)
13) Le Sud (feat. Akhenaton)
14) MC

15) Tranche de vie

Durée : 58 min
Album : 2e
Sortie : 23 avril 2012
Genre : Rap

 

Articles affiliés :

Karpatt Angora

Sans avoir pris une ride, Karpatt se pare d’un magnifique Angora (2016)

18 avril 2016
live chinese man à la cigale album

Chinese Man « Live à la Cigale » (2012)

19 novembre 2012
Détroit Bertrand Cantat

Détroit, un vent de fraîcheur et d’émotion dans les bacs (2013)

17 janvier 2014

Pas de commentaire

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Conception & réalisation : Cereal Concept