Tribune

Quand les festivals se mettent à vaciller…

7 avril 2020, Aiollywood
Slaves Pointu Festival 2019 six fours
Temps de lecture : 4’50

Beaucoup espèrent la fin du confinement pour reprendre une vie normale. Qui n’a pas envie de profiter du printemps comme il se doit ? Le printemps, si belle saison de transition, marque l’arrivée des premiers bourgeons mais il est aussi synonyme de reprise des activités en plein air, notamment les festivals. Si l’on ne s’avance pas beaucoup en disant que le déconfinement sera très certainement avant l’arrivée de l’été, il va laisser de sacrées interrogations en suspens… La tenue des festivals en fait partie.

Comme un bon nombre de domaines d’activité, le monde de la Culture est touché de plein fouet par la crise du Covid-19 et l’ensemble de ses acteurs en subit les conséquences. Si les initiatives musicales sont nombreuses pour nous inciter à rester à la maison (concerts en direct sur les réseaux sociaux, accès à du contenu inédit en ligne, etc.), cela n’enlève en rien sur le fait que plus rien ne rentre dans les caisses du milieu du spectacle. Le gel des loyers sur la période du confinement ou le report des charges ne fait que déplacer le problème de trésorerie. Enfin, imaginer que le public reviendra en masse dans les salles après le confinement n’est pas forcément si simple : il reviendra, c’est certain. Mais de là à compenser le manque à gagner, c’est moins sûr.

Ambiance TINALS Festival 2019 Nîmes photos

TINALS 2019

Avec les annonces du gouvernement censées rassurer ses différents maîtres à jouer, de nombreuses structures ont déjà tiré la sonnette d’alarme car l’Etat ne pourra pas sauver tout le monde. Le spectacle vivant, c’est environ 60 000 événements par an pour près de 150 000 emplois (et un chiffre d’affaire généré de l’ordre de 5 milliards d’euros d’après Marianne). L’enveloppe d’un milliard d’euros en guise de fond de garantie est toujours bonne à prendre, en revanche elle risque d’échapper aux nombreuses petites structures indépendantes… Le combat est identique pour les intermittents, qui ne sont pas loin des 300 000 en France, qui ont besoin de justifier plus de quarante cachets par an pour garder leur statut. Répéter que cet automne va permettre de démarrer une saison 2020-2021 en grande pompe est encore un faux problème : un sur-bookage en septembre/octobre ne permettra pas de colmater les brèches car si le mois de septembre est généralement très calme, le mois d’octobre est, déjà à ce jour, en partie rempli. En d’autres termes, la majeure partie des groupes ne va pas reporter ses dates initialement prévues au printemps à l’automne prochain… il va composer avec les vides laissés dans l’agenda.

Reste à savoir quelles solutions existent réellement pour ne pas sombrer. Des programmes repensés, dès cet été, avec l’organisation de soirées concerts et de festivals, semblent se profiler pour tenter de recoller les morceaux. Le hic, c’est que la visibilité d’ici-là est quasi nulle. Face aux annulations en cascade de ces derniers jours (pour ne pas dire semaines, lorsque les rassemblements étaient déjà limités), des artistes français tentent d’inciter les spectateurs à faire comme en Europe de l’Est, avec le mouvement « Garde ton ticket ! ». Cette démarche repose sur la solidarité des détenteurs de billets de spectacle venant d’être annulés qui ne demanderaient pas à être remboursés. Le groupe de rock français Last Train, accompagné de Lysistrata, Pogo Crash Control, Bandit Bandit (et bien d’autres), fait partie des portes-voix.

Ludwig von 88

Admettons. Mais après ? Le casse-tête actuel dépasse la date de concert en elle-même. Le Covid-19, c’est aussi une remise en question de la temporalité auquel est confronté le monde de la musique. Et bien au-delà. Une sortie de confinement, en avril, mai ou juin, ne va pas effacer d’un coup de baguette magique toutes les traces laissées dans le sillage du confinement. Le jour d’après, celui que de nombreuses personnes espèrent (pour ne pas dire toutes), ne risque pas de rimer avec des rassemblements autorisés de milliers de personnes au même endroit. Cela englobe donc autant les manifestations culturelles que sportives, les parc de loisirs, les gens entassés sur les plages, les restos et les cafés (à une plus petite échelle, pour ces derniers). C’est ce que commence à évoquer le gouvernement italien pour « sortir » du confinement (d’après un article paru sur Le Monde), alors pourquoi la France ferait une exception quand elle n’a pas (encore) fait le choix de tester, en masse, sa population ?

Dans cette spirale, de nombreux festivals en Europe ont décidé de couper court à leur édition 2020 et c’est tout un secteur qui vacille. Certaines « grosses machines » peuvent encaisser le choc et ont les ressources pour reporter leur événement : parmi-elles, il y a notamment les Nuits Sonores de Lyon, prévues du 19 au 24 mai, qui auront finalement lieu du 22 au 26 juillet, ainsi que Papillons de Nuit (qui passent de mai au 21, 22 et 23 août). D’autres n’ont pas pu rencontrer le même cas de figure et certains grands événements de l’hexagone n’auront pas pu résonner cette année comme Le Printemps de Bourges ou encore Rock The Pistes. A l’étranger, ce sont aussi des poids-lourds qui ont dévissé comme le Coachella aux Etats-Unis et « gros » anglais, le Glastonbury et le Download.

JACCO GARDENER

Au rayon des incertains, ils sont à cette heure bien nombreux : si tous les organisateurs sont en attente des prochaines annonces du 15 avril, deux festivals agitent en ce moment l’actualité en raison de la logistique qu’ils nécessitent en amont. D’abord, le plus menacé est le Hellfest, qui a lieu du 19 au 21 juin prochains : près de 60 000 personnes sont attendues sur l’ensemble de l’événement et son directeur est plutôt pessimiste quant à sa tenue (dans une interview accordée à Ouest-France). Du côté des Vieilles Charrues, malgré les dates un peu plus avancées dans l’été, c’est le délai de montage qui fait chauffer la machine : initialement lancé mi-avril, le montage ne peut pas démarrer au-delà du 15 mai et une décision va être prise dès la semaine prochaine (entrevue dans Le Monde).

Quelle stratégie est donc appliquée ? L’attente. Sans une annonce émanant de l’Etat portant sur une période supérieure à 15 jours, l’édition 2020 d’une grande majeure partie des festivals est donc en suspens. Légalement, tant que les dates des événements ne sont pas concernées par la validité des mesures prises, les organisateurs n’ont aucune obligation d’annuler. A une moindre échelle, c’est la stratégie que les organisateurs du festival de la Meuh Folle, à Alès (30), ont appliqué. Et ils ne sont pas les seuls. Les festivals d’été attendent… et toute la chaine suit ! Animée par cette irrésistible envie de renouer avec une passion qui habite les artistes, les spectateurs, les organisateurs, les techniciens, la flamme reste allumée. Mais jusqu’à quand ?

Crédits photos « couverture » : Peter / 3.13

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