Chronique

« Mots mêlés », un vrai disque qui guinche et fait penser ! Faut Qu’ça Guinche (2015)

24 février 2015, P'titBapt
Critique Faut qu'ça guinche mots mélés 2015

Cela fait des années que le terme « guincher » se cherche un ambassadeur, cherche enfin à écrire ses lettres de noblesse. Faut qu’ça Guinche ne s’est pas trompé dans son appellation, et avec ce quatrième album « Mots Mêlés », il réhabilite ce style si particulier qui fait bouger les fous dans toutes les soirées. Mais il serait facile de qualifier ce groupe de joyeux lurons sans aller plus au fond des textes : ils pensent et écrivent par dessus leur musique, cet album en est la preuve !

A peine rentré dans le cd, le constat est là, implacable : les jeunes grenoblois ne nous ont pas mentis, leur album est un puits de guinche ! L’ouverture de la galette, Énergie folk, en est la plus belle preuve, on a envie de bouger, de swinguer. L’accordéon, la contrebasse sont toujours là, les recettes qui ont marché dans les trois premiers albums sont encore de mise, mais elles sont poussées encore plus loin, pour un ensemble on ne peut plus festif mais réaliste !

Les jeunes artistes nous racontent des histoires tout au long de ces 13 titres. Dans Ma voix, le chanteur nous dresse un constat accablant de la sienne, tout en le saupoudrant discrètement de ses références passées (Gainsbourg, Renaud, Piaf…), certaines notes poussent vers le jazz, les cinq artistes n’ont pas fini de nous étonner.

Tous les organisateurs de concerts, de soirées se reconnaîtront dans Colleur d’affiche, tellement vraie, cette chanson swingue sans concession, si ce n’est pour le rock qui émane du refrain, le tout supervisé par la contrebasse ! Sans jamais oublier de porter un regard politique sur ce monde, les compères de Faut qu’ça Guinche se sont créés un univers bien à eux, et ne nous demandent qu’à nous y plonger.

« Quelques bières dans la besace / et le stock d’affiches à mettre en place / minuit et demi on est parti / pour tapisser toute la city / la colle maison est dans le seau / pas trop liquide et sans grumeaux […] colleur d’affiches pour les concerts / c’est la guerre, c’est la guerre »

Oscillant entre chansons engagées et verbes acerbes contre le monde qui nous entoure (Guerre ambiante, les pavés), Faut qu’ça guinche n’a pas perdu l’oeil qu’il porte sur les travers de nos vies, et lorsque le rythme folk, festif est emmené par un accordéon en feu, on ne peut que se laisser entraîner par la voix enrouée du chanteur. On se rapproche du hip-hop avant de partir vers le rock, ces chansons sont puisées dans l’envie de poésie et de révolte du groupe, et c’est réussi!

« Défier, s’insurger, réagir / s’obstiner, refuser, tenir / faire de nos mains et de nos échos des armes plus fortes que leur ego / faire de nos corps et de nos rires des armes plus fortes que leur empire […] faire de nos yeux et de nos voix, des armes plus fortes que leurs lois / faire de nos vies et de nos actions des armes plus fortes que leur pognon! »

Le partage, la solidarité et la complicité des cinq membres du groupes se ressentent dans toutes les chansons, qu’ils nous chantent « leur » rue (Misère) de manière beaucoup plus tendre, ou encore leurs enfances avec J’ai perdu mes amis, Poèmes, Gamins… A côté du swing, on entend même des touches de classique, on entend des histoires vécues (Si loin, Pas de Hippies),d’autres inventés dans un coin de leusr têtes (Poèmes…). On a des coups de gueule contre les journaux gratuits, contre le FN, la batterie nous accroche, et l’on est pas prêt de retomber sur terre !

Le Peintre est peut être la chanson la plus déroutante de l’album, entre questionnement profond sur le statut d’artiste, sur les questions de société actuelle, sur l’engagement à tenir dans sa vie, sur un air musical qui nous couche au sol, qui n’est pas sans nous rappeler La Ruelle en Chantier.

« Si j’étais peintre plutôt qu’chanteur / qu’est ce qui sortirait de mes doigts / est-ce j’aurais aussi une couleur / est-ce que mes toiles parleraient de moi / m’afficherait-on dans une galerie / d’art moderne à New-York city / ou bien finirais-je mes jours / à peindre Paris et ses faubourgs »

Les bonnes influences sont là, encrées, mais ne font pas tâches à l’album, tant le groupe commence petit à petit à s’inventer son propre style, ça swingue, et ça fait du bien! La musique a besoin de groupes comme ça, capables de tenir une foule toute la nuit, alors on a hâte de voir en concert ce que rend ce « Mots Mêlés« , qui sera sans nul doute l’une des révélations au moment de dresser le bilan de l’année 2015 !

FICHE TECHNIQUE

Tracklist

1. Énergie folk
2. Ma voix
3. Pas de chance
4. Guerre ambiante
5. J’ai perdu mes amis
6. Misère
7. Colleur d’affiches
8. Le peintre
9. Les pavés
10. Poèmes
11. Gamins
12. Si loin

13. Pas de hippies

Album studio : 4ème
Sortie : 23 février 2015
Durée : 43 min
Genres : Guinche n’roll / Chanson française
Label : Quart de lune

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