Chronique

Merzhin « Des heures à la seconde » (2014)

29 mars 2014, Aiollywood
Merzhin Des heures à la seconde

Quatre ans après avoir sorti le très convaincant « Plus loin vers l’ouest », Merzhin est revenu ce mois-ci avec son nouvel opus, « Des heures à la seconde », sorti le 3 mars dernier. Longtemps étiquetté de groupe de ‘rock breton’, Merzhin écume les routes depuis maintenant 15 ans, repoussant les stéréotypes qu’on lui a (trop) souvent attribué. Et, tous seuls, ils ont finalement tracé leur chemin, un peu plus loin vers l’ouest, de l’autre côté des barrières invisibles que l’on a tenté de leur dresser.

Merzhin fait parti de ces groupes en retrait, discret. Pourtant, sans faire de bruit, les bretons continuent leur aventure, bombarde, guitares et autres instruments à vent sous les bras. Bercés par les influences des autres Noir Dés’ et Matmatah, Merzhin s’en est allé, a pris son envol et n’a plus grand chose à prouver : du fameux album des débuts tant apprécié (« Adrénaline », 2002), il s’en est notamment découlé deux sorties remarquées, à savoir l’excellent « Pied nus sur la braise » (2006) et l’étonnant « Plus loin vers l’ouest » (2010). Entre des projets ici ou là et une sérieuse envie de marquer au fer rouge le rock de son répertoire, où les nombreuses rencontres réalisées au fil du temps ont fini par avoir raison d’eux.

Car 2014 est surtout à placer sous le signe de la maturité. Une maturité scénique, sonore, textuelle. Si « Plus loin vers l’ouest » avait clairement penché vers un rock plus agité mais tout aussi soigné, la première partie de ce nouveau cru laisse penser que Merzhin s’inscrit dans sa lignée. Lancé en véritable course poursuite contre le temps, Merzhin est l’homme. Du haut de son titre d’ouverture (Je suis l’homme), Merzhin est bien là, peu importe son nom, peu importe sa forme, il y résonne un rock entraînant, à mi-chemin entre l’électrique et l’acoustique. D’un hommage à The Big Levoski (Dans ma peau) tout aussi saignant, Merzhin s’offre même un délire pop/rock, en éclaireur, synthé en fond sonore, avec en guest Emmanuelle Monet (ex-Dolly).

Pris de court par ce duo musicalement étonnant, on ne tarde pas à retrouver des morceaux qui n’auraient pas dénoté avec l’opus précédent : sur Bande passante, rythmé par la guitare sèche et le retour triomphal de la clarinette, le chant est posé, « évitons de sourire devant nos âges grandissants » ; alors que sur Welcome circus, martelé par les cuivres, les débuts raisonnent. Dommage seulement que ce morceau sonne bien creux.

Si ce début d’album est donc énergique, la seconde partie d’album fait vasciller : dans un registre bien plus posé, Merzhin lève le pied. Excepté sur Les indignés, où le synthé apporte une nouvelle touche saturée, ainsi que sur Lignes d’horizon, les bretons sont à créditer de réalisations remarquées : en chef de file, Les heures vagabondes rafle la mise des tracks coups de coeur de l’album. Pris dans l’étau du temps, « le compteur tourne, règle ses comptes (…) la vie des uns s’écoule à la demande, l’aiguille des autres cherche un sens à la ronde ». Acoustique, bercé par le gong, la mélodie, avec justesse, emporte l’auditoire, subitement rythmée par la bombarde. Cette virulence par les mots, Merzhin arrive même à la réitérer une seconde fois : Après l’écho, quasi-parlé, rocailleux, est dompté par une guitare vagabonde avant d’exploser dans un écueil celtique, noir et brumeux.

La raison comme retour sur terre, les bretons l’expériment, la triturent, dans un registre très personnel et Quand vient le silence, Merzhin ne fait que s’enraciner à des ficelles rock, planantes, tantôt en électrique, tantôt en acoustique, où les cuivres percent timidement la chrysalide de leur nouvelle parure.

Avec « Des heures à la seconde », Merzhin démontre qu’à travers son nouvel album, cette griffe « rock » s’affirme de plus en plus. Ayant trouvé l’équilibre parmi la richesse de ses instruments et de ses influences, le groupe réalise un opus qui s’inscrit en digne lignée de « Plus loin vers l’ouest ». Jouant sur une facette plutôt agitée ainsi qu’une autre clairement plus posée, Merzhin souffle ainsi le chaud et le froid sur cet album. D’abord parce que, musicalement, les mélodies souffrent un peu de sang frais, mais aussi parce qu’on a du mal à discerner les morceaux incontournables de l’opus.

Clip « Je suis l’homme » :

FICHE TECHNIQUE

Tracklist

1. Je suis l’homme
2. Dans ma peau
3. L’éclaireur (feat. Emmanuel Monet)
4. Bande passante
5. Welcome circus (feat. Pierre Antoine Colas)
6. Les heures vagabondes
7. Lignes d’horizon
8. La raison
9. Quand vient le silence
10. Le pantin
11. Après l’écho
12. Les indignés

Sortie : 3 mars 2014
Durée : 40 minutes
Album : 6ème
Label : L’Adrénaline

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