Chronique

Merzhin « Babel » (2016)

24 mars 2016, Aiollywood
Merzhin Babel

Depuis de très nombreuses années, Le Musicodrome garde un œil attentif à l’actualité des bretons de Merzhin. En 2016, la machine revient, plus soudée que jamais, avec un nouveau fleuron, « Babel ». Comme un symbole, les bretons apparaissent unis et inséparables : ce n’est d’ailleurs pas un hasard puisque le groupe fête ses 20 ans de carrière ! 

On ne va pas se voiler la platine, après les excellents débuts du groupe, il a manqué les albums consécration. Mais connaissant la force de frappe de ces gaillards, il suffisait de faire preuve d’un peu de patience : « Pieds nus sur les braises » (2006) et le très bon « Plus loin vers l’Ouest » (2010) avaient mis tout le monde d’accord. Entre des envolées en Inde et joli kiff acoustique (à travers le projet Merzhin Moon Orchestra), Merzhin avait démontré qu’il avait plusieurs cordes à son arc. Leur rock à la bombarde avait fait ses preuves, autant sur galette bretonne que sur les planches. Pourtant, en 2014, première cassure avec la sortie de leur cinquième opus, « Des heures à la seconde ». Résolument plus pop, plus lisse aussi, un grain de sable se coince dans les rouages musicaux du groupe avec cet opus bien moins entraînant que les précédents. Même si cette étiquette celtique a toujours (un peu) collé à la peau de Merzhin (n’allez pas leur dire qu’ils font du rock breton !), les influences sont là : les sonorités ne s’inventent pas ! Alors, 2014, année de la rupture ? Pour nous, la fin des temps était proche…

4 mars 2016. 20 ans de carrière de Merzhin. Nouvel album. La pochette attire l’œil, l’originalité des graphiques apporte de l’authenticité et un certain cachet. Les enchanteurs de Landernau souhaiteraient-ils un retour aux sources ? Oui et non ! « Oui », par l’intensité retrouvée ressentie à travers ce « Babel » ; « non » par la cassure musicale assumée qui s’inscrit dans l’ombre « Des heures à la seconde ». En revanche, c’est l’alchimie entre les deux qui sublime cet album qui est, autant tuer le suspense, est une vraie réussite !

Pourtant dès les premières notes du track d’ouverture, La planète, les coup de batterie numérique laissent planer un virage résolument pop qui finalement n’arrive pas. Le track percute, interpelle, la bombarde déboule déjà avec surprise, toutes les influences se retrouvent au cœur de ce morceau. Le constat est triste, la tableau pas vraiment réjouissant, « j’ai contemplé Norilsik, un soupçon de brume sur une mine à mort / j’ai scruté Kabwe, au-delà d’Hazaribagh, la même attitude / j’ai regardé le Gange, un serpent d’ordures, la vision se change / l’atmosphère qui empeste, l’ultime vérité au bout d’une laisse ».

Désabusé mais aussi révolté, Merzhin a voulu pour ses 20 ans un album taillé pour le live et il ne s’en cache pas (interview Sept jours à Brest) : les réalités sociales se retrouvent à travers le symbolique et criard Muhammad Ali, très rock, avant de se saturer sur les dérives politiques de nos dirigeants avec Apocalypolitico (« qu’est-ce-que vous sentez ? Une odeur de hyène ? Comme on lâche les rênes, n’avons-nous rien à perdre ? »). Cette fougue ne cesse de bouillir, elle explose même sur les riffs allumés de La traque (qui rappelle les riffs de Punk au Liechtenstein des Fatals Picards). Car être traqué signifie aussi résister et, domptée par les cuivres suivis de la bombarde, la fuite en avant se poursuit : « mon œil emprisonne les faces cachées / la piste m’isole, je ne reviendrais pas / les ombres s’envolent devant la vérité / les doutes s’étiolent, la chasse est lancée / … / le cœur s’affole, mais je ne reculerai pas ».

Au milieu de ce dédale rock, Merzhin continue de poser son regard sur tout ce qui l’entoure et la tour de Babel est idéale pour prendre de la hauteur : adepte d’un son très épuré sur ce début d’album, la recette fonctionne. C’est sans fioriture, « l’homme se délecte sous les dorures / l’apathie pour seul goût de l’aventure / nuit et jour, à l’ombre de la tour ». Invitation de la bombarde au beau milieu du désert brûlant. Dommage que quelques errements s’hasardent sur Daydreamers, premier morceau entièrement en anglais du groupe, ou sur Be bope Lula qui, a contrario des textes, présente un son qui n’apporte rien de bien neuf à l’album.

L’aridité des paysages ne change pas le cap des bretons : malgré des contrées plus douces, l’œil affûté de la bande balaie la plaine d’un simple regard. A travers toi (je vois) est d’une fraîcheur certaine, soubresaut poétique mêlant amour et regard sombre sur le monde qui nous entoure. Généreuse, presque susurrée, Sous la focale, où comment les mots se suspendent, balayés entre notes acoustiques, claviers, guitare et traditionnelle bombarde (« à contre jour, dans la pénombre, le soleil ne sait rien de son monde »). Déformation de la vision ou déformation de la réalité, Merzhin s’offre d’autant plus une envolée envoûtante, Conquistador, à l’image des tourments de l’homme, qui renferme un petit joyau sur cette galette. Et après ? C’est déjà beaucoup. L’album se termine sur un ton grave qui prédomine du début à la fin de l’écoute. Sombre, dur, réaliste aussi, Merzhin conclut fermement ce « Babel ». « La nuit où tout s’est effondré, trop d’ennemis, plus d’amis, trop peu d’humanité, on paraissait si près et pourtant nous étions si loin. Fini de rire. Et après ? ».

« Dans la paume de nos mains,
On voit les lignes, peut-être les traces de nos lendemains,
On sent nos rêves qui s’évaporent,
Et la brûlure du réel qui nous mord,
On cherche le Nord, sous quelle latitude ?
On s’imagine à l’Est,
On invente le Sud, la vision se tord
Finirait-on à l’Ouest ? »

Conquistador

Merzhin – La planète


FICHE TECHNIQUE

Ecoute : MERZHIN – BABEL

Tracklist
1. La planète
2. Babel
3. Muhammad Ali
4. A travers toi
5. La traque
6. Sous la focale
7. Apocalypolitico
8. Daydreamers
9. Conquistador
10. Be bope Lula
11. Et après ?

Durée : 37 min
Sortie : 4 mars 2016
Genres : Rock
Label : Adrénaline

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