Live Report

Le désordre du Dindon Attaque (Alès, 30) 08.10

13 octobre 2016, Machy

Il est de ces soirs qui vous font vibrer. Ceux-là même qui font scintiller les yeux et qui donnent envie de remplir l’encrier pour prendre sa plume. Il faut que je vous raconte l’histoire du Dindon Attaque du 8 octobre dernier. Le plus simple, c’est de tout reprendre depuis le début.

Le Dindon Attaque c’est une histoire d’amour, mais pas d’amour à l’eau de rose. C’est de l’amour fraternel, sincère et heureux. En 2011, une bande de copains décide d’ouvrir une salle de concert au 572 chemin du Viget. De leurs petites mains, avec beaucoup d’enthousiasme et d’énergie, ils mettent tout en place. Ils se mettent à rêver : « un jour le Dindon Attaque accueillera  les groupes de musique que l’on écoute en boucle. Ce jour-là, il y aura du monde et ce sera la fête ».

Ce jour-là est arrivé. C’était le jour de la nuit*, c’était samedi. C’était une soirée au nom de la liberté et de l’amour. D’ailleurs, les plus éveillés auront remarqué que la soirée a fini comme elle a commencé : avec une chanson nommée liberté.

Les Sans Voies ont ouvert la soirée. Ils sont trois et récemment formés. Ce grand soir, c’était le leur aussi, puisque pour la première fois, ils montaient sur scène. Leur set est monté en assurance tout au long des quarante minutes qui leur étaient confiées. Concentrés, ils ont commencé par déclamer et chanter Liberté. Ces trois-là ont des choses à dire et ils le font avec leur poésie révolutionnaire. Leurs dix textes mis en musique en quelques semaines illustrent à quel point ils débordent d’énergie et sont prêts à se mettre en marche. Accrochés à leurs idées comme à leur instrument, ils dépeignent cette société imparfaite et asservissante pour retrouver leurs rêves anarchistes. La performance est belle. Elle a la beauté des premières fois. Le public présent aura entendu les « couacs », mais c’est avec bienveillance qu’il n’en a pas tenu rigueur et qu’il est resté écouté ce que les Sans Voies avaient à dire. La jolie Lorène est venue appuyer le groupe avec son accordéon sur Le doute et Si seulement tu m’aimais. Des sourires échangés, des clins d’œil envoyés au public, on sent que le stress se dissipe et que les notes sont jouées avec plaisir. Tantôt rock comme sur Direction Balombie, tantôt jazzy avec Rêve au rabais ou plus chanson française avec La muette ou De passage, les Sans Voies mènent leur concert dans la chaleur du Dindon. Le set prend fin avec A quoi tu penses quand tu rêves et laisse le public dans l’espoir de se retrouver bientôt. Bref, Théo, Greg’ et Bapt’, ces copains et frères de toujours, ont monté un groupe de rock.

La place encore chaude, c’est les copains d’Arthis qui font battre les haut-parleurs. Au Dindon comme à la maison, ils apportent leur pièce festive à cette belle soirée. Les soucis sont remisés au placard et le Dindon entre dans une danse folle. Ces quatre musiciens chargés d’ondes positives sont à l’aise avec leur album et c’est que du plaisir. De Super ficelle à Grand cirque, le rock à la trompette ne déçoit pas : les filles au vent dansent au fond (Léo), mais aussi dans le reste de la salle. Beaucoup d’amitié dans la salle, à croire que Tony de Ici l’œuf est revenu. Ce public plein de ferveur s’arme de rames sur Conflits sur l’océan, chante à tue-tête sur Yes, se rappelle sur Dernier verre des folles années étudiantes et danse avec envoûtement sur Poder pa’l pueblo, reprise de Ska-P. Etre-là, bien entourée des Gens d’ici, c’était comme un retour aux sources, une grande rasade de sourire et de rire. Le temps d’une pause pour reprendre son souffle sur La montre et le Grand cirque reprend ses rythmes effrénés. Le cœur qui bat, le public en redemande en chœur et Arthis s’exécute avec un rappel rock’n roll en reprenant L’iditenté des Têtes Raides et Comme elle vient de Noir Désir. La fin est déjà là. Samedi, le temps est passé à vive allure. Il est certain que le groupe Arthis a un bel avenir devant lui. Un joli avenir, plein de projets aux beaux esprits à l’image des Barrio Populo qui prennent la suite de ce Dindon Attaque.

Le voilà ce groupe que le Dindon pensait accueillir dans ses rêves. Dans le set, tout est bon, il n’y a rien à jeter. Les Barrio Populo, bien que huit, semblent occuper le petit espace scénique comme s’il était grand comme la terre. Ils n’ont pas reculé devant la scène exiguë qui aura entraîné une réduction de micro chant (n’avez-vous pas vu le tromboniste chanter dans son micro trombone ?) et suscité une chute d’ampli basse, après quoi, au pied levé une chanson sans guitare/voix aura été jouée. En toute simplicité, ils ont rempli la salle du Dindon avec leur musique généreuse et indispensable. Ils ont joué des morceaux de leurs trois albums. Quel bonheur d’entendre en live les chansons de leur dernier album (sortie nationale demain) ! Le bienveillant Dan’, le voyage politique de Cuba, la rage de Dunkerque, la sulfureuse Factrice, le fraternel C’est comme ça et l’Orage éclair sont déjà sur toutes les lèvres. « Kordobella » et « Désordre » n’ont pas été remis au placard puisque Dejalo, Thèmes piétinés et Nos 2 noms sur l’arbre ont ponctué leur concert. De l’amour, ils en ont d’ailleurs à redonner quand ils chantent Saint-Etienne, la ville qui les a vu grandir ces dernières années. Le projet Cris d’écrits prend place avec des chansons d’auteurs qui font battre nos cœurs depuis tout petit comme Mon p’tit loup de Pierre Perret. Comment ne pas succomber lorsqu’ils jouent de manière furtive et unique la Cène de Jacques Prévert ou plus légèrement C’est extra de Léo Ferré. Le temps de reprendre son souffle et une chanson toute neuve, Brûlons nos villes, vient faire échos suivi de Ecoute, texte qui sublimera l’ensemble du set. D’ailleurs, voilà : Liberté de Paul Eluard est intensément entonnée et le concert est terminé. Il parait que chaque naissance meurt.

Il est déjà trop tard pour dire que ça s’est terminé trop tôt. Mais il n’est jamais trop tard pour dire merci aux artistes qui ont enchanté le Dindon Attaque. Merci pour votre simplicité, spontanéité et le combat d’idéaux que vous menez. Merci aussi aux chefs Dindon qui continuent de faire vivre ce Dindon qui a attaqué remarquablement samedi dernier. Merci aux gens venus d’ici et d’ailleurs pour cette jolie atmosphère qu’ils ont apporté et pour leur soutien au Dindon. Cette belle histoire de copains continue. Dans ces cas-là, vous savez ce qu’on dit « à tout moment la suite ».

*Le jour de la nuit est une opération de sensibilisation à la pollution lumineuse, à la protection de la biodiversité nocturne et du ciel étoilé.

Crédits photos : Photolive30

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5 commentaire(s)

  • Répondre Fy 13 octobre 2016 at 12 h 07 min

    Très beau LR ! Les sans voies se reconnaissent-ils dans les rêves anarchistes ? 😛

    • Répondre Bapt 13 octobre 2016 at 23 h 36 min

      Il n’y a plus guère que ça pour croire en ce monde
      Se reconnaître dans les rêves anarchistes
      Alors pour sûr !

      • Répondre Daffy 14 octobre 2016 at 13 h 19 min

        Je dirais plutôt que les rêves anar’ ne permettent que de croire en un autre monde, mais sûrement pas en celui-là… 😛

  • Répondre Poigno la rage 13 octobre 2016 at 21 h 45 min

    2011 la création du Dindon bordel

    • Répondre Aiollywood 14 octobre 2016 at 10 h 23 min

      Tu chipotes, tu n’étais même pas né ! C’est rectifié 😉

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