Chronique

La Caravane Passe « Canis carmina » (2016)

1 mars 2016, Aiollywood
La Caravane Passe

3 ans après la sortie de « Gypsy for one day », La Caravane Passe s’est enfin décidée à reprendre du service. Embarqué, en parallèle, dans la croisade idéologique du Soviet Suprem, Toma Feterman n’a pas perdu sa tchatche. Même si La Caravane Passe démontre avec cet album qu’elle souhaite évoluer musicalement.

Le temps a passé, quoi que l’on en dise. Une éternité serait-on même tenté de dire tant « Gypsy for one day » semble être loin. Pourtant, seulement trois années se sont écoulées depuis leur dernier avant album. Il faut dire que le rouleau compresseur estampillé Soviet Suprem a littéralement marché sur l’Europe sans se retourner, enchaînant une tournée quasi-ininterrompue durant plus de 2 ans.

En 2016, c’est une caravane rafraîchie qui a décidé de reprendre la route. Les envies ont changé, les bonhommes ont mûri et de nouveaux horizons se profilent. Dans sa route, la Caravane a embarqué « Canis carmina » pour l’accompagner partout où l’on voudra bien accueillir ces gens du voyage. Toujours aussi farouches, toujours aussi manouches, les joyeux lurons veulent bousculer les codes. A l’opposé d’un occident qui a subitement peur de l’autre et qui barricade ses frontières, La Caravane élargit les siennes : après avoir baigné durant des années dans les influences balkaniques, ces dernières évoluent et s’étoffent. « Canis carmina » est d’ailleurs symbolisé à travers une histoire, celle d’un chien qui a refusé d’aboyer sur la caravane pour devenir un touriste éternel.

En un tour de passe-passe, La Caravane s’offre dans un premier temps un demi de rock puis un second de chant rappé en arrachant sa muselière (Le chien). En digne bulldog nomade, La Caravane annonce d’emblée la couleur en ouverture d’album. Ce disque sera différent et évolutif, premier point de rupture discographique dans l’histoire du groupe. Il se veut plus libre, plus ouvert… plus fédérateur en quelque sorte. Lancé à toute allure dans le sillage des nouvelles influences, le dérangé Klaxon of a bip est à l’image du périph’ parisien : une farandole de klaxons, de cuivres et de sonorités électroniques se renvoient la balle au beau milieu d’un fracas de mots qui tente de se faufiler entre les voitures. Cette route sinueuse, domptée par l’appétit féroce de Toma, nous amènera à l’encontre de la mystérieuse et sulfureuse Barmaid, démontrant aussi que La Caravane Passe a besoin de se poser avant de persévérer dans son dur périple.

Elle nous rappelle qu’aux frontières d’un colosse au pied d’argile, le chien s’est transformé brutalement en dromadaire, à l’assaut de La traversée du désert. Les influences slaves peuvent reprendre le dessus, la perte de repères, elle, assommée par la chaleur de l’Oued, secoue les consciences. Mais restant fier de ses racines, La Caravane suit sa voie en remettant à l’ordre du jour les cultures de ses membres : sur Baba, Rachid Taha renvoie la machine à Toma, aux saveurs de l’orient, mélange sucré-salé d’influences toujours aussi finement associées. Hommage à « baba » (« papa » en arabe et « grand-mère » en slave), le combo fonctionne à merveille et s’embrase à nouveau. Et lorsque Llugs, le tromboniste, se charge de lancer Joselito, l’effervescence se poursuit aux rythmes de la Catalogne et de ses influences gitanes. A la croisée des mondes et des cultures, les traditions rencontrent subitement celles de son voisin, magie des folklores traditionnels de la zone mondiale.

Suite à ces six nouveaux titres, La Caravane Passe a cependant voulu proposer quelques rafraîchissements pour compléter la seconde partie d’album : à l’image d’un show qu’ils veulent désormais à la fois acoustique mais aussi électronique, les hits du groupe sont revisités par leurs potos. On retrouve bien sûr le tonitruant Bulibasha en featuring avec Marko Markovic et Erika Serre, saturé et surboosté pour l’occasion (Dj Click Remix) ou encore Cocooning on da bivouak style, assagi par Tom Fire. Les deux titres de clôture seront clairement les deux tracks les plus transformés : I wanna be your slave, remixé par Dj Tagada, s’enflamme à coups de beats digitaux, presque cheep music, gagnant en puissance. Enfin Perdu ta langue, originalement avec Rachid Taha, s’offre une parure légèrement jungle et drum’n’bass, sans tomber dans l’excès (S.O.A.P. Remix).

La Caravane Passe a évolué. Moins délurée et moins festive (laissons cela aux albums précédents), elle s’est calmée pour voir le monde et ses traditions d’un autre œil. Un œil résolument plus sage qui rime aussi avec ouverture. Que certains en prennent de la graine par les temps qui courent…

Clip « Klaxon of a bip »

FICHE TECHNIQUE

Tracklist 
1. Le chien
2. Klaxon of a bip
3. La barmaid
4. La traversée du désert
5. Baba (feat. Rachid Taha)
6. Joselito
7. Bulibasha (Dj Click remix)
8. Cocooning on da bivouak style (Tom Fire remix)
9. I wanna be your slave (Dj Tagada remix)
10. Perdu ta langue (S.O.A.P. remix)

Album : 4ème
Durée : 37 min
Label : Szenario Arts
Genres : Chanson / Balkan / Electro

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1 commentaire

  • Répondre La Caravane Passe nous aura mis Karpatt à Paroles et Musiques ! (Saint-Etienne, 42) 26.05 - Le Musicodrome 1 juin 2016 at 12 h 16 min

    […] joyeux lurons investissait la scène : La Caravane Passe. Eux aussi sont venus avec un nouvel album chroniqué par l’ancien Aïolliwood et qui avait séduit nos oreilles ! La changement au niveau visuel […]

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