Chronique

Kognitif « Monometric » (2014)

15 juillet 2014, Aiollywood
Kognitif Monometric 2014

Alors que le trip hop est souvent malmené par ses tendances à vouloir y injecter un peu tout et n’importe quoi, Kognitif met tout le monde d’accord sur plusieurs points : le trip hop français bouge encore et, surtout, il nous dévoile là un second album qui tutoie encore les sommets. Et pourtant son précédent essai, « My space world » (2012) avait mis la barre très haut. « Monometric » passe au révélateur du Musicodrome aujourd’hui et franchement, ça en vaut la peine.

Nous n’avons été que très rarement aussi expressifs dès les premières lignes de nos chroniques (nous aimons garder une petite part de mystère pour la fin), mais ici, autant être évocateur dès le début. Le beatmaker Kognitif, alias Cyril Capra, a décidé de changer sa configuration musicale en s’entourant de deux musiciens (à la guitare) ainsi que deux chanteuses à la mode ‘Morcheeba’. Avec plus de présence scénique et un univers qui continue à s’étoffer, Kognitif peut s’emparer des machines et les triturer à sa guise.

Dans une envelope quasi-nacrée, à la fois intimiste et lyrique, « Monometric » emporte, malmène et renverse l’auditoire par ses sonorités travaillées. Forcément il y a des similitudes sur Lunacy avec les prodiges d’EZ3kiel qui surgissent dans un fracas métallique avec une douceur pourtant criarde, mais impossible de renier que le rendu est du plus bel effet. Tout s’entrechoque, tout se mélange, la fusion qu’il s’en dégage est emportée par les notes de cette guitare envoutante. Car de ces rythmes entrainants et millimétrès (You don’t know, Lovely dark) naissent des envies de prolonger le désir, toujours plus loin et encore plus prononcé.

Rien qu’à écouter le titre d’ouverture, In da mood, on finirait presque par comprendre que la rythmique des compos va être au coeur de toutes nos préoccupations : samples oldschool et claviers en symbiose donnent le « la », se surprenant à bouger la tête frénétiquement. Et de cet atmosphère humide et assombrissant se dégagent des tracks qui rajoutent cette dimension de hauteur à l’album : que ce soit Monometric et Whispers from the ether, en échos, ou encore l’épatant Creamy story -avec ses plus de 7 minutes de son-, le décollage est imminent en compagnie des scratchs et de ses soubresauts électroniques incessants !

Et pour éviter que les sonorités reviennent un petit peu trop en boucle, Kognitif n’a pas lésiné sur les différents effets : au rayon de la fraîcheur, Bande de dégénérés en impose par son beat cyclique, amené par la mandoline avant que Claude Nougaro, samplé, accompagne Mes nuits blanches sur des notes jazzy boulégantes. Comme si nous n’étions pas rassasiés, Passer le temps, aux platines, finit par nous prouver le contraire, comme dans un élan qui vous amène à dire « encore ! ». Car dans cette grande chevauchée, la petite touche féminine rajoute encore de l’intérêt porté à l’album : que ce soit Jeannette Robertson sur So let’s begin et Whiskey Lullaby, trip hop au possible et vieux phono en fil rouge, ou Celia Lab avec un Inside my shadow plus sussuré, le combo marche à tous les coups.

Kognitif nous livre-là une seconde galette qui dépasse toutes nos espérances en proposant un opus encore plus abouti que « My space world ». Un artiste qui a su s’entourer de musiciens et de chanteuses afin d’enrichir sa production musicale, tout en gardant en ligne de mire des sonorités trip hop qui prouvent une nouvelle fois que le genre est loin d’être surfait sur la scène hexagonale.

FICHE TECHNIQUE

Sortie : 4 février 2014
Durée : 55 minutes
Album : 2ème
Genre : Trip hop
Ecoutez l’album sur Bandcamp : suivez le lien ici

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