Interview

Entretien avec Balik, chanteur de Danakil, au Baco Reggae Festival (Paris, 75)

16 novembre 2018, Ius
Danakil à L'autre Scène Vedène 21.04 Photos Nomades

A l’occasion du Baco Reggae Festival, nous avons pu prendre le temps de poser quelques questions à Balik, chanteur du groupe Danakil. 

On connait Danakil comme étant un groupe particulièrement engagé. On peut citer votre soutien pour des associations comme Alternatiba, ou SOS Méditerranée, sans compter les nombreux concerts gratuits organisés pour ces différentes causes. A ce propos, penses-tu que l’on puisse encore être optimiste aujourd’hui ?

Balik : c’est vrai que posé comme ça, c’est compliqué de te dire qu’on peut encore être super optimiste. Tu m’emmènes sur un terrain où je suis un peu obligé de souligner ce qui fait flipper. C’est comme ça que je ressens la question. Après, oui, je pense qu’il faut encore être optimiste dans le sens où l’on est vivant, la vie est un cadeau, et il faut juste qu’on essaie de mener ce bateau le mieux possible. Après en effet il y a plein de choses qui sont faites et qui devraient être et pourraient être mieux faites.
La question fondamentale c’est la question écologique, être vraiment positif c’est compliqué mais ne pas se résoudre à laisser tomber, continuer à réfléchir et continuer de croire qu’au delà d’une prise de conscience les choses peuvent vraiment changer. Moi, mon point de vue globalement, c’est qu’on est dans un système depuis la fin de l’après guerre qu’on peut communément appeler capitaliste et que, du coup, les caractéristiques propres de ce système ne sont pas compatibles avec un certain nombre de choses auquel on croit et ce qu’on défend. Ce n’est pas pour tirer à boulet rouge sur le capitalisme mais c’est juste qu’on est dans une recherche d’optimiser les profits et de rendre les choses rentables…
Où est la place de l’écologie dans tout ça ? Aujourd’hui, on essaie de rappeler que c’est le plus important mais c’est pas du tout dans les mentalités. Et quand on essaie de faire l’effort de montrer qu’on pollue pas, ici par exemple, c’est parce qu’en fait on pollue ailleurs… Mais la terre n’est qu’une ! Aller polluer chez les autres et ensuite prétendre être propre, c’est un peu ce qu’essaie, pour moi, de faire la société capitaliste moderne occidentale telle qu’on la connait. Tant qu’on est dans cette logique-là, il n’y a pas d’amélioration possible !
Les choses sont cycliques : on n’a pas toujours été dans cette organisation-là. Est-ce qu’à temps il se passera ce qu’il doit se passer pour que les logiques changent ? Des fois on y croit et des fois on n’y croit pas. Est-ce que ça doit passer par une révolution ou attendre que ce soit le chaos et que la moitié des gens de la planète disparaissent et que l’autre moitié se reconstruisent ? Pour ma part, j’essaie d’être optimiste dans l’attitude sans pour autant me mettre des œillères sur des choses concrètes.

Danakil Alès Photolive30

Je me permets de te poser cette question parce que je trouve qu’aujourd’hui on a une tendance à vite se laisser déborder et polluer par ce que l’on entend dans l’actualité : il y a des gens qui ont des convictions et qui souhaitent s’investir mais qui ont tendance à perdre espoir en voyant  que leurs convictions peuvent être balayées par les décisions politiques en un rien de temps. Quel est ton message pour ces gens-là ?

Balik : je pense que si tu as des convictions, il faut les investir dans le tissu culturel et dans l’associatif. Je ne crois pas du tout en la politique. Généralement, quand tu as des convictions, ça peut en effet être par la politique mais le tissu associatif l’est beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Quand je dis ‘associatif’, c’est au sens large avec, par exemple, la musique. Nous, c’est notre façon de contribuer en essayant de fédérer autour d’un certain nombre de valeurs, de notre vision des choses, de fédérer les gens qui viennent au concert. Il faut qu’on se rende compte qu’on est un certain nombre et puis le faire dans le cadre de mouvement que tu as cité comme Alternatiba, SOS Méditerrané ou même d’évènements beaucoup moins médiatiques.
Après, moi, je dis que ça sert à rien de se morfondre mais il faut réfléchir. Si t’as de l’énergie, tu peux la mettre là où tu penses qu’elle peut être la plus efficace. Aujourd’hui, à l’age où j’ai 36 ans, jamais j’aurais une carte de parti politique… en tout cas tant que la politique sera ce qu’elle est. Et il faut un renversement beaucoup plus profond de la société pour arriver à des vrais changements ! Je pense que ça doit passer par l’associatif. Parce que dans l’associatif, on arrive justement à échapper à cette logique capitaliste : tant qu’on est dans une recherche d’argent qui nous guide, on ne peut pas prendre de décisions objectives. En général, les associations (comme SOS méditerranée ou la fondation Abbé Pierre) comptent des gens qui réfléchissent pour l’humain.
Après, si je prends l’exemple de notre label c’est pareil : qu’est ce qu’on fait si on a pas les mêmes euros qui rentrent que ceux qui rentrent ? Donc, oui, on est dans cette logique pour tout, mais est ce que cette logique-là ne peut pas être nuancée ? Je pense qu’il y a des vraies réflexions à mener comme celles menées sur la croissance par exemple : de plus en plus les gens qui prônent la décroissance se font entendre, il y a sûrement d’autres façons de faire évoluer ou de voir les choses. Je ne vais pas rentrer dans les détails, je ne suis pas économiste, mais je crois qu’il faut sortir de la logique actuelle pour arriver à d’autres choses.

Donc, si je comprends bien, on ne lâche rien ?

Balik : Exactement !

J’aimerais aborder un autre sujet avec toi, la rumeur qui court dit que tu vas sortir un album solo, tu peux nous en dire quelques mots ?

Balik : ouais, je suis à fond ! J’ai prévu de faire un projet hip pop/rap. Ça fait vraiment longtemps que je l’ai en tête et là je me suis vraiment pris en main depuis le début de l’année 2018. J’aurais mis un an à le faire à fond et je veux sortir ça au printemps, j’espère au mois d’avril. Mon souhait, ça serait de surprendre les gens qui me connaissent chez Danakil, de les étonner positivement, qu’ils ne s’attendent pas du tout à ça ! Qu’ils puissent trouver le fond sans la forme… et on verra ce qu’ils pensent de la nouvelle forme ! Ça fait un an que je bosse dessus  tous les jours : j’essaie de proposer des tableaux différents et, vraiment, je mets beaucoup de cœur là-dedans. Ça me fait du bien aussi ! Je sais pas si je réussirais à faire des concerts dessus, j’aimerais d’ailleurs ! En tout cas, dès que ce projet-là sera fini, on a déjà commencé à se pencher sur le prochain Danakil. C’est une petite parenthèse entre deux albums.

Danakil Alès Photolive30

Les compos seront 100% indépendantes du groupe Danakil ?

Balik : en fait, c’est le label, donc « 100% indépendant », non. J’ai fait des beats avec Boris -qui est notre bassiste, avec Mathieu -qui est notre saxo sur le label, donc c’est dans la même équipe. C’est mon projet, ça ne ressemble pas à Danakil, et les musiciens sont peu impliqués dedans parce que c’est pas la même musique mais on fait ça ensemble évidemment. Pour l’instant, je suis vraiment sur la création du disque mais on fait ça ensemble.

Merci pour ces quelques mots, on à hâte d’écouter ça. Avec les membres du Musicodrome, on s’est posé cette question : si on devait choisir un co-plateau de trois artistes disparus aujourd’hui, quel serait ton co-plateau ?

Balik : alors, sans trop hésiter, il y a un collectif parisien de Stalingrad qui s’appelle ATK. Personnellement, depuis que j’ai l’âge d’aller en concert, ils n’ont pas fait de concert puisque le collectif n’existe plus. Et là, il se trouve qu’ils se reforment pour une date à Paris au New Morning, donc j’y serais mais un des membres, qui est pour moi magnifique, est décédé en moto. Il s’appelle Fredy K. Donc pour répondre à ta question, j’aurais aimé voir Fredy sur cette date. En voilà un !
Ensuite, comment ne pas citer Bob Marley ? Alors, oui, c’est bateau mais bien sur que j’irais voir Bob Marley en concert !
Et puis sinon, je pense que je retournerais voir Mickael Jackson. Franchement j’y retournerais ! Parce que, quand je l’ai vu, j’avais 15 ans. C’était mon deuxième concert je crois. Pour mon premier concert, mon père m’avait emmené voir Johnny Hallyday à Bercy. C’était marrant, super souvenir, il était arrivé en bécane sur scène !

Sur la même logique, si tu devais choisir un album solo, lequel choisirais tu?

Balik : ah c’est dur ! J’aime trop la musique pour n’en choisir qu’un seul… Après si, il y a quand même un album qui est bien référence pour moi, c’est Fugees « The score ». Je l’écoute tout le temps celui-là. C’est comme si les chansons étaient sorties au début de la semaine à chaque fois que je le mets. Il est vraiment génial cet album ! J’aurais pu t’en dire plein d’autres, typiquement ATK – « Heptagone ». Oui, j’aurais pu te le dire aussi ! C’est ‘rap français’ mais ouais, « Heptagone », cet album est à ne pas lâcher. C’est un peu tes repères en fait… T’as grandi avec, t’écoutes ça, ça te rappelle tes 18 ans…

Merci, Balik, pour le temps accordé !

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