Live Report

[Hors-Format] Une rue investie et des espoirs sur le pavé.

24 octobre 2016, P'titBapt
Barrio Populo, au hasard des rues

Il l’avait annoncé : le Barrio Populo avait décidé de proposer une vraie semaine d’activités culturelles pour donner un peu de couleurs aux pavés stéphanois. Après un final en apothéose devant un fil plein à craquer,  il est l’heure (et leur) de vous présenter cette semaine : « Au hasard des rues », et cette vie qui a envahit Saint-Etienne.

Un premier weekend très réussi !

Le premier grand moment de cette semaine culturelle tombait à pic : Franck Lepage était programmé salle Jeanne d’Arc, pour présenter l’une de ses « incultures » gesticulées. Plus de 200 personnes pour cette première soirée ont assisté à plus de 4 heures d’un travail réfléchi et passionnant sur notre rapport à la culture aux médias, sur l’éducation populaire, la langue de bois, son importance hier, aujourd’hui et demain. Dense et intéressant, ce premier moment culturel aura marqué les esprits présents.

angelo-et-les-7-nains

Le dimanche s’annonçait tout autre, avec pour la première fois le désormais QG de la semaine, le Pax, investit par toute une équipe de joyeux lurons prêt à faire la fête et des rencontres autour de la culture. A 18 heures, une projection du travail fait par les deux artistes d’Inspector Cluzo, leur démarche en marge du système dominant écrasant tout sur son passage, était réalisée. Nous vous en parlions ICI, ce groupe est à découvrir pour son engagement et ses modes de fonctionnement très intéressants.

Après une soupe populaire et conviviale, comme le reste de la soirée à prix libre, préparée par les mains des artistes et amis, un spectacle mi-improvisé, et tout en douceur était proposé. Angelo et les 7 nains était une formation originale, composée de membres du Barrio Populo et d’amis, pour effectuer des lectures musicales, répétées seulement l’après midi. Et que ça fait du bien, ce fut vivant, ce fut beau de remettre les mots à leur place, dans les bouches, pour gueuler et faire du bruit, pour avancer en douceur, dire des choses ou ne rien dire, pour simplement la beauté des mots, du langage et du partage. Ce fut l’occasion de voir Victor au piano ou Gabriel à la batterie, de voir un accordéon ou un tuba, et d’entendre des mots, pour la beauté du verbe. La soirée se terminant autour d’une bière aura permis de faire parler, de faire passer des coups de gueule aussi, comme sur ce dernier morceaux, sorte de cacophonie journalistique en réponse à la conférence de la veille.

Une semaine qui début calmement…

Lundi et mardi, c’est dans un léger retour au calme que la semaine Au hasard des rues s’est continuée. Le premier soir est resté dans un esprit musical, avec la pièce de théâtre engagée « Penser c’est dire non« , où Clémentine Faure était accompagnée du Conservatoire Massenet pour l’épauler tout au long de ce petit écueil de la résistance. La culture sous une nouvelle forme était encore proposée par les membres du Barrio Populo pour un public encore bien présent.

Le mardi était plus calme, mais toujours plein de vie, avec plusieurs membres du groupes qui répondaient à une « Foire aux questions » dans le très charmant lieu du Remues Méninges. Ce moyen de mettre en contact les artistes et leur public est encore une manière de montrer à quel point le groupe possède un vrai message humain, simple et accessible.

…. pour terminer en fanfare !

21-grammes

Mercredi encore, une journée bien complète était proposée. Dans un premier temps, à la médiathèque de Carnot, un « atelier poésie » était au programme. Quatre membres du Barrio Populo étaient présents devant une salle remplie comme jamais pour discuter autour des mots, écrire tous ensemble et mettre quelques accords de guitares et un peu de rythme sur les envolées verbales de ces poètes d’un jour. Une belle rencontre, un beau moyen d’expression pour chacun qui aura satisfait tant les artistes que le public présent en nombre pour cette activité.

Puis direction La Tanière. L’ancien assommoir a pu assurer sa pérennité culturelle, et c’est dans ce lieu chaleureux que le Barrio Populo a décidé d’organiser un concert des « groupes amis ». Avec Los K Sos, la folie pimente d’entrée la soirée. Déguisements, bonne humeur, ska simple et efficace, engagements à gogo… les jeunes gens de Los K Sos assurent un début de spectacle en fanfare, pendant que les retardataires s’affairent à l’extérieur à faire honneur au buffet préparé par les organisateurs.
21 grammes assure la continuité, une bonne surprise. Une fois le mythique groupe des Garagnas stoppé, le chanteur s’est tourné vers des fondamentaux plus rock pour s’imposer dans ce nouveau groupe, aux textes en français et à la musique teintée d’un peps digne de Luke.
Puis c’est au tour des vieux briscards des Affranchistes de faire suer les murs de la petite salle pleine à craquer, qui bougeait au rythme des solos punk-rock du trio. NofNog était la curiosité de la soirée, venus de Suisse après avoir taillé le fer avec les Barrio Populo lors de leur tournée cubaine. Il est des amitiés qui restent, celle-ci en fait à priori parti, et c’est le groupe de punk qui terminera la soirée, avant que la police ne vienne encore semer le désordre auprès des festivaliers se refaisant le monde après le concert.

Enfin la dernière soirée avant le concert au fil, tant attendu, était la venue du collectif « Pièces et main d’oeuvre ». Pour cette dernière soirée au Pax, plus de 60 personnes avaient fait le déplacement, et ils ne le regrettent surement pas.  La conférence fut divisée en deux parties, la première articulée autour de la technologie, la technocratie et des technocrates, la seconde partie en découlant étant une analyse du transhumanisme, de ses ravages potentiels sur la société et des pressions qui existent pour nous l’imposer à feu doux, à cœur tiède. Assurément cette soirée aura été l’occasion de se poser des questions, de remettre en cause nos façons de penser et de consommer. Elle aura aussi été l’occasion de se sentir plusieurs, de se sentir nombreux à envisager d’autres idéaux, de discuter des Spécialistes de Ferré et Caussimon, tristement d’actualité, et d’échanger de dernier sourires avant la soirée de samedi soir.


Dernier clip : « Factrice » sorti vendredi, jour de pause de Au hasard des rues

Tout ne tenait plus qu’à un Fil

Et ça devient une tradition. Comme pour la sortie de « Kordobella » il y a deux ans, le Fil a été privatisé pour la sortie de « Géographie du Hasard« . Nous avions quitté Barrio Populo à Alès, sur la petite scène du Dindon Attaque, nous les retrouvons dans un autre contexte, avec une salle pleine à dégueuler, mais dans une ambiance qui sent toujours l’humain et la vie, dans une atmosphère qui fleure bon les rêves et les promesses. La Mine de Rien ouvrait le concert, pour une de ses dernières apparitions sur scène, et pour sûr ils s’en souviendront. La salle était déjà remplie comme à ses plus beaux jours, et le groupe a pu jauger de la réactivité du public stéphanois, tout de suite enclin à reprendre en cœur les refrains !

Une heure de set propre et teinté d’émotions, et il était l’heure pour les quatre compères de se tourner vers la fin de leur aventure, synonyme de nouvelles routes à suivre. Emmène moi clôt le set, à quatre pour un micro, mais avec beaucoup de cœur. La place était chaude, le Barrio Populo pouvait s’y installer.

Comme il y a deux ans, on a rarement vu le Fil aussi complet et aussi bouillant. Dès l’entame du set le public est en réelle communion. Les chansons du dernier album sont décortiquées, et déjà chantées par le public comme Dan ou Factrice. Venise et Souvenir d’un humain sont deux des grands moments du concert, transpirant d’une réelle émotion et d’un réel besoin de partage des mots et de la musique.

Bien sûr, Saint-Etienne est largement plébiscité par le public. Mais en alternant entre chansons transpirant le rock et moment plus intimistes, plus portés sur la douceur des mots et des mélodies, le Barrio Populo a trouvé un juste équilibre apprécié du public qui a pu trouver différentes ambiances tout au long des deux heures de concert. L’envie de partage se traduira à travers chaque chanson, jusqu’à la toute dernière du rappel, Liberté, de Georges Moustaki cette fois, et bien après lors des échanges avec le public et des (longs) moments de dédicaces et de sourires.

Et bien longtemps après en « off ». Le groupe a envie de fêter comme il se doit cette sortie d’album, il n’était pas dit que la présence policière de l’après-midi, venu opposer son opprobre physique et violente à une manifestation pacifiste, ruinerait la soirée. La soirée fut à l’image de la semaine, vivante et belle, une excellente initiative comme la société en a besoin, alors le Barrio Populo: merci à vous !

Crédit photos : Yöel Bardy & Julien Manevy

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