Chronique

Gaël Faye « Rythmes et botanique » (2017)

24 août 2017, Aiollywood
Album EP Rythmes et botanique Gaël Faye 2017

Gaël Faye avait créé la sensation au Printemps de Bourges 2011 avec le groupe Milk Coffee and Sugar. En 2013, il faisait un carton avec son premier opus solo, « Pili pili sur un croissant au beurre ». En avril, il a dévoilé son nouvel EP, « Rythmes et botanique ». Nous avions envie de vous en parler…

Le bonhomme est franco-rwandais. Il garde forcément des sacrifices du passé sanglant du Rwanda, sur fond d’affrontements effrénés entre les Tutsis et les Hutus. D’ailleurs, son premier album baigne dans ces souvenirs meurtris qui accompagnent, en musique, l’auditoire. Cet amoureux du rap et de la chanson française a su poser les mots justes pour retracer son enfance, l’atmosphère ambiante et les déchirures culturelles. L’écriture de Petit Pays, prix Goncourt des Lycéens en 2016 (vendu à près de 400 000 exemplaires), a déjà permis de mieux comprendre les contours de sa personne.

Installé depuis maintenant 2 ans au Rwanda, il était légitime de penser que Gaël Faye allait continuer d’appuyer où ça fait mal, maniant une plume à l’encre rouge qui a su rester vive. Pourtant, dans ce nouveau 5 titres, l’artiste va nous prendre à revers. Si le piano est bien toujours la pièce centrale de ses compositions, Gaël Faye s’est entouré de deux acolytes pour enrichir sa création : il a appelé Guillaume Poncelet (pianiste et trompettiste) et Dj Blanka (machines). Avec un son plus moderne et plus clinquant, l’auteur rebondit avec un côté percutant qui dénote quelque peu de l’opus précédent.

Moins noir, l’EP nous dévoile une autre facette de Gaël Faye : une facette qui invite l’homme à réfléchir sur sa vie, son destin, ce qu’il souhaite. Il n’oublie pas ses racines mais il reste  convaincu que la bienveillance de chacun d’entre nous existe. Le track d’ouverture, Tôt le matin, en est le symbole vivant. Ode au voyage et aux frontières qui ne demandent qu’à être franchies, un écho résonne « faire de son cœur une île à peupler / ouvrir de grands yeux clairs au bord d’un immense lac émeraude / se laisser émouvoir tôt le matin quand pousse l’aube / aux premières heures du jour tout est possible si l’on veut / reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu ».

Ce n’est pas la parade de Solstice, avec Saul Williams, qui prouvera le contraire. Si l’âme est douloureuse, la renaissance est proche, mais la chape de béton sous lequel les souvenirs de l’artiste sont enfouis demeure solide. Maltraité par l’emprise de la société et ce qu’elle nous impose, Gaël Faye garde pourtant un goût amer à travers la gorge. L’acceptation de soi et de ses origines est un premier cap à passer mais il ne dépend pas de sa simple volonté. L’esprit, gangrené par ce qui nous entoure, est mis à rude épreuve. Le salut viendra par un sursaut collectif qu’il ne faut pas oublier… (A trop courir).

Finalement, Gaël Faye finira par hausser le ton : Irruption renoue avec un fleuron contestataire que l’artiste n’a jamais laissé de côté, entre indignation et révolte non dissimulée, comme pour rappeler que l’« on a coincé nos rages entre mérite et héritage ». Le verbe affûté et le vers acéré, Gaël Faye en gardera pourtant encore un peu sous le coude pour faire un sacré pied de nez aux préjugés avec, probablement, le meilleur titre de l’EP, la ballade Paris métèque. A la fois doux et puissant, le titre est une déclaration d’amour à la capitale, métissée mais aussi cruelle. « On n’écrit pas de poème pour une ville qui en est un ».

En attendant de nouveaux présages avec un second album prévu à l’horizon de 2018, Gaël Faye signe-là un bien belle pépite avec ce « Rythmes et botanique ». Terriblement vrai, terriblement sincère.

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Tôt le matin
2. Solstice (feat. Saul Williams)
3. Irruption
4. Paris métèque
5. A trop courir

Durée : 19 min
Sortie : 14 avril 2017
Genres : Rap / Chanson

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