Chronique

« Fumuj » Fumuj (2013)

12 décembre 2013, Aiollywood

Entre des bruits de fracas métalliques et une fureur de moins en moins contenue, les tourangeaux de Fumuj ont depuis longtemps jeté leurs pavés dans la marre : malgré un premier opus clairement dub sous l’ère de « Monstrueuse Normalité » (2005), Fumuj a décidé de se prendre en main, de partir en reconquête et de revenir avec un profil atypique. Un profil où les traits aux crayons ont disparu, laissant place à une silhouette menaçante qui porte le sceau de l’indépendance.

Après trois albums chacun bien démarqué, Fumuj a, vraisemblablement, trouvé son point d’amarrage : de l’épopée dub à un style grossièrement étiqueté « fusion » (mélange de rock, d’electro et de hip hop), les machines et surtout la batterie ont acquis des dimensions plus importantes. Sauf que, malgré cette montée certaine en régime des tourangeaux, nous nous sommes montrés un peu moins enthousiastes lors de la sortie de « Drop of Three » en 2010. L’album était de qualité mais la sur-couche d’intensité altéra le rendu final, pas assez révélateur du talent du groupe. Un peu sur notre faim à l’époque, voilà que l’album éponyme de Fumuj débarque dans les bacs le mois dernier. Le groupe nous l’a bien fait comprendre depuis plusieurs mois, Fumuj va devenir de plus en plus sauvage, véritable bête blessée qui n’en conservera pas moins sa force de frappe. Et pour travailler, Fumuj s’est exilé avec Mike Marsch, notamment pour le mastering, lui qui a déjà travaillé avec Chemical Brothers, Björk ou encore Massive Attack. Un retour à des racines plus calmes en sorte. Ou un leurre bien camouflé.

Lancé dans un véritable périple musical, Fumuj a ordonné l’assaut : il n’y a pas de place pour les faibles dans leur nouvel univers. Ça cogne, ça frappe, ça martèle à tout va. La première écoute va dompter l’auditoire. Jamais autant de puissance s’était dégagée de leurs morceaux : Angry Speakers file comme la première charge de cette reconquête, là où le rock industriel flirte avec le rock, là une ligne de basse dub vient illuminer subtilement cette marche vers l’ombre, là où… Copieusement entraînées dans les abîmes, les guitares, très en avant, rendent l’ascenseur aux machines, le tout couvert d’une jouvence hip hop bien dosée (Chop Chop).

Entre deux parades, MC Miscellaneous prendrait même son public à contre-pied : sur une intro qui sonne très rap US sur I Pledge Allegiance, basculez subitement du côté obscur de la fusion ! Cramponné à son épée, Fury ne fait que poursuivre l’assaut avant qu’Aroma, bombe hybride tendance rock noise paré d’une écume digitale, n’embrase nos tympans.

Parcourant ces terres dévastées, la puissance, oui, est un des éléments retenu de ce son made in Fumuj, mais pas seulement : cette intensité, même plus condensée par moments, explose de différentes manières. Les claviers gagnent du terrain, les tracks plus rock/electro font couper des têtes : Zombies, entêtant, souffle les derniers rôdeurs encore debout, entre les machines et les effluves alors que Breathless, plus en douceur, n’en fait qu’à sa tête. D’un début susurré, les ondes émanent de nos enceintes progressivement avant que les battements ne se fassent plus réguliers. En route vers une quête saccadée, les influences dub fusionnent avec le flow du MC, alternant séquences rock et passages au violon.

Mais au-dessus de ces mornes plaines, la rancoeur n’est jamais bien loin : qui aurait pensé que Flower flabe, morceau probablement le plus atypique de Fumuj de toute sa discographie, transpercerait les coeurs ? La ballade rock, presque pop, contre-balancée par ce fameux violon, se retrouve bercée par le chant et la mélodie. Et comme le butin se compte souvent après une victoire, Fumuj finit par vous embarquer au détour du monde : Why ?, davantage que Can’t Walk Straight, survole les ruines laissées par l’Homme, usant de finesse et de légèreté. Pourtant, la lumière n’en finira pas de rejaillir : entre une section cuivre qui rappelle les envolées d’Ez3kiel sur leur excellent « Battlefield » (No Return) et les soeurs El Mourid de Lo’Jo (A Dawn Lila), Fumuj n’a pas fini de nous surprendre…

Cet album, d’une noirceur et d’une qualité insoupçonnées, étonne. De l’amour à la haine, de la folie à la douceur, Fumuj arrive à la fois à nous brutaliser et à nous surprendre. Quand il n’est pas aux premières lignes d’un champ de bataille où seule la victoire l’attend, il survole les paysages désolés de cette contrée avec une maîtrise étonnante.

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Angry speakers
2. Chop chop
3. Zombies
4. I pledge allegiance
5. Why ?
6. Flower fable
7. Fury
8. Aroma
9. Can’t walk straight
10. Breathless
11. No return
12. A dawn lila
13. Free

Sortie : 11 novembre 2013
Durée : 52 minutes
Album : 4e album
Label : L’Autre Distribution

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