Chronique

Ez3kiel « LUX » (2014)

19 novembre 2014, Aiollywood
Ez3kiel LUX

EZ3kiel est enfin là. Plus de 6 ans que nous attendions le digne successeur de l’épique « Battlefield ». Emporté par cet album, littéralement envoûté par ses envolées dignes de BO de films, EZ3kiel avait frappé fort, à l’époque. Ses autres projets autour de « Napthaline » ou encore avec HINT n’avaient fait que renforcer ce constat, implacable : EZ3kiel est unique en son genre, véritable sorcier électronique des temps modernes. Alors forcément, quand vient le temps de sortir son cinquième album studio, « LUX », on s’attend encore à des merveilles… 

Ez3kiel LUX

Comment, au bout de 20 ans de carrière et pas moins de 10 albums à son actif (projets annexes, live, cds studio confondus), un groupe peut-il encore surprendre son auditoire ? Une bonne question qui devrait en faire méditer certains mais pour EZ3kiel, c’est à croire que les idées fourmillent sans cesse. Après des débuts plutôt dub, des escapades electro, des joutes orchestrales et autres parenthèses symphoniques, EZ3kiel démontre qu’il sait toucher à tout. Sur « LUX », un point d’interrogation subsiste : à quelle sauce allons-nous être mangés ?

Déjà contre toutes attentes, c’est bien la première fois qu’EZ3kiel se retrouve en trio (au lieu de son traditionnel quatuor) : en effet, l’homme à tout faire du groupe, Yann  Nguema, quitte sa basse pour s’occuper intégralement du show visuel pendant les concerts. Et lorsqu’on a eu la chance d’assister à ce véritable tour de force sur le LUX Tour, on peut comprendre l’immensité du travail réalisé ! A présent, EZ3kiel opère donc à trois avec Joan Guillon aux claviers, machines essentiellement, Stéphane Babiaud conserve sa batterie et Sylvain Joubert reprend la basse.

Ce nouveau line-up bouscule tout. Brutalement, le voile tombe. « LUX » sera noir. Très noir. A l’image de Born in Valhalla, en ouverture, les guitares rugissent, laissant prévoir un fracas d’une lourdeur inexorable. Bougé par des lignes de basse incisives, une accalmie pointe pourtant le bout de son nez, carillons et synthès à l’unisson pour une escapade nacrée. Mais la vie n’est que poussières ! Dead in Valhalla dévoile l’envers du décor, plus vif, plus saccadé, tel un voyage sans retour emporté par la magie du violon d’une durée de plus de 16 minutes.

Cette douceur, EZ3kiel sait toujours l’injecter à bon escient : si elle est moins en première loge que sur ses précédents opus, elle opère toujours. Sur Dusty et Never over, il faut apprendre à savourer rapidement en 3 minutes, sur Eclipse par contre, on sent trop de retenue dans le chant de Laetitia Sheriff pour trouver un équilibre parfait avec la mélodie. Les avis seront cependant unanimes sur L’oeil du cyclone : atmosphérique et hybride, cette enveloppe au synthé embrume et, baignée dans cette mouvance rock, finit par enrober le tout. Légèrement trituré et nous attirant progressivement vers les cimes, quasi electro-acoustique, personne ne daignerait quitter cet oeil interstellaire.

Mais curieusement, là où EZ3kiel va cette fois nous bluffer, c’est à travers ce virage rock résolument assumé : excepté le délire trip hop que l’on retrouve sur le très réussi Anonymous chanté en compagnie de l’ovni Pierre Mottron, EZ3kiel lâche les reines ! Zero gravity illustre à merveille ces nouvelles influences : tantôt rock, tantôt electro, la rythmique est tenace, frôlant presque le post-rock. Le volcan endormi finira pourtant par bel et bien se réveiller avec son titre éponyme, Lux, où la batterie, endiablée, appelle à l’aide ; les guitares, en coeur, répondent aux machines déchaînées, comme un écho perdu dans les ténèbres !

Galvanisé par ces tumultes, la lumière va pourtant finir par reprendre ses droits : en apothéose, EZ3kiel arrive à réaliser un dernier coup d’éclat, Stereochrome, peut-être le morceau le plus représentatif de son nouvel opus. Perdues dans les méandres de l’électronique, les guitares effleurent nos sens, sonnant le glas de cette nouvelle exploration sonore. Traîné dans cet élan qui s’emballe au fur et à mesure que les ondes organiques se répandent, les machines finissent par gagner la partie où l’on n’aurait souhaité qu’elles ne s’arrêtent jamais…

A travers « LUX », EZ3kiel a une nouvelle fois élargi son panel d’exploration musicale tendant vers des contrées plus rock. Si certaines envolées lyriques sont un poil en dessous des attentes, on pouvait craindre qu’EZ3kiel tombe dans la facilité en s’essayant au genre electro/rock, à la mode ces temps-ci et surtout malmené par certains. A croire que le doute ne pouvait pas être permis, EZ3kiel réalise pourtant une pépite régénératrice à ne pas rater.

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Dead in Valhalla
2. Anonymous
3. Zero gravity
4. Dusty
5. Dead in Valhalla
6. Lux
7. Eclipse
8. L’oeil du cyclone
9. Never over
10. Stereochrome

Album studio : 5ème
Sortie : 10 novembre 2014
Durée : 53 min
Genres : Electro / Rock / Trip Hop
Label : Ici d’ailleurs

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