Reportage

Être agent de sécurité au temps du Covid-19 #8

28 septembre 2020, OlivierS
Temps de lecture : 2’20

Indissociables des concerts, les agents de sécurité n’ont plus de travail depuis maintenant 6 mois. Nous avons rencontré Djaoued Tagrana, figure incontournable de la salle nîmoise de Paloma afin de recueillir son sentiment sur la situation.

Présents depuis l’entrée de la salle jusqu’au devant de la scène, les agents de sécurité sont un des métiers incontournables de la vie musicale. Et comme l’ensemble des métiers liés à la scène, ils sont à l’arrêt depuis le confinement, dans l’attente d’une reprise de plus en plus incertaine. Contrairement à la majorité des intermittents du spectacle qui ont obtenu un prolongement exceptionnel de leur indemnisation (ou année blanche), les agents de sécurité se retrouvent pour la plupart sur le carreau. Car ce métier particulier n’existe qu’au travers de quelques entreprises spécialisées dont Power Protection et Sécurité pour laquelle travaille Djaoued. Et ce dernier nous dépeint une situation plutôt difficile : « Nous sommes une quarantaine à être en CDI chez Power, tous les autres sont en CDD. Du coup, l’arrêt des manifestations s’est traduit par un arrêt complet de l’activité. Ceci a eu pour un impact qu’une majorité des gars se retrouve au RSA dans le meilleur des cas ».

Car avec le Covid, ce ne sont pas que les festivals de musique qui se sont arrêtés mais un grand nombre d’événements qui ont l’habitude de faire appel à l’entreprise pour laquelle travaille Djaoued. Ce denier nous confie que d’habitude, il a du boulot quasiment du lundi au dimanche alors que depuis le déconfinement, c’est au mieux un jour par semaine. « Pour te donner un exemple, sur la féria nous sommes entre 150 à 200 agents mobilisés par jour, tu imagines la galère avec cette chute d’activité « .

Depuis quelques jours, un soupçon de relance laisse néanmoins planer quelques espoirs. Les théâtres ont annoncé leur programmation, certaines salles de spectacles aussi. Car il ne faut pas se leurrer, la rentrée 2020 sera assise sinon rien. Nous ne sommes pas prêts de revivre un concert debout vue le rythme actuel de propagation du virus. Et qui dit ouverture de lieux, dit nouvelles normes et contraintes à gérer pour les agents de sécurité : contrôle du port du masque, gel hydroalcoolique, respect de la distanciation physique, etc. Ce sont plein de nouvelles procédures à intégrer et à faire respecter. Après les mesures mises en place suite aux attentats de novembre 2015, ce sont de nouvelles habitudes qu’il va falloir prendre pour assister à des concerts, en espérant que ce ne seront pas les mesures de trop.

Du côté de Djaoued, les sentiments sont partagés : « Tu sais, cela fait 30 ans que je bosse dans la sécu et ce n’est pas mon seul métier. Cet arrêt imposé m’a permis de souffler et de réfléchir un peu à ma vie. Je me dis que c’est peut-être l’occasion de lever le pied et de me recentrer un peu plus sur ma famille (tu ne le sais pas forcément, mais après Paloma, Djaoued enchainait sur un poste en boite de nuit à Nîmes, ndlr). Par contre, je pense à tous mes collègues et à la précarité créée par cette situation, surtout pour ceux qui levaient à peine la tête de l’eau avec ce job ».

Tout en insistant sur la situation difficile pour les précaires, Djaoued n’oublie pas d’apporter son soutien à l’action des intermittents dont il estime partager pas mal de revendications : « Tu sais, si les intermittents ne travaillent pas, nous non plus ».

Merci à Djaoued pour le temps accordé.

Crédits photos : Olivier Scher

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