Chronique

Caravan Palace dévoile son nouvel ovni sonore (2015)

24 octobre 2015, Aiollywood

Un long silence. Un robot qui n’émettait plus de son. Quid de Caravan Palace ? C’était presque à se poser la question. Le temps a semblé bien long depuis la « Panic » provoquée par leur seconde galette. Rejet des uns, admiration des autres, bref, Caravan Palace a évolué. Sur cette nouvelle ère digitale baptisée « <I°_°I> » que nous cherchons toujours à prononcer, les galactiques swingueurs sont de retour. Avant de se demander pour combien de temps, on est à même de se questionner sous quelle forme humaine ils ont subitement réapparue.

On se rappelle de leur invasion de 2012. « Panic » avait provoqué un véritable chahut au moment de sa sortie. Avec leurs robots en poupe, Caravan Palace avait surpris. Le virage amorcé par le groupe était déconcertant, provoquant même un début de rupture avec leurs aficionados. Trop électronique, pas assez jazzy, la sublime Zoé pas assez mise en avant… les retours étaient à l’époque nombreux, voire sanglants, avec un groupe qui cherche aussi à trouver sa voie. Car le premier opus éponyme sorti en 2008 avait été sans appel, rappelez-vous : la caisse de résonance autour de cet album avait engendré une véritable déflagration avec cette succession de hits (Jolie coquine, Suzy, Dragons…). Présents à de multiples reprises dans des festivals de jazz de France et de Navarre, les étiquettes « electro/jazz » puis « electro/swing » ont été ainsi très vites collées sur le front de la bande.

Alors qu’ils étaient attendus au tournant, le contenu de « Panic » n’a donc pas été à la hauteur pour certains. Pourtant, sur fond de guerre apocalyptique propulsée au début du siècle dernier, la mayonnaise était finalement cohérente : plus doux certes, mais l’introduction progressive des machines aux côtés des musiciens n’avait pas été si brutale. Bien dosée, tout en restant poussiéreux avec ces bons vieux phonographes, la recette nous avait branché. Dans une autre registre, mais tout groupe doit évoluer, non ?

Ici sur « <I°_°I> », il faut reprendre son mal en patience et se demander à quelle sauce nous allons être mangés. Le constat est implacable dès la première écoute : Caravan Palace a choisi de prolonger les contrées visitées sur « Panic », en allant encore plus loin. En marge de sa durée, écourtée (39 min), il n’y aura que 11 titres sur cette galette pour se faire une place. Suffisant serons-nous tentés de dire, Caravan Palace semble avoir exploité toutes les cartouches qui étaient à sa portée… Pensant que Caravan Palace n’oserait pas s’aventurer davantage dans les méandres de la scène électronique, c’est pourtant cette galaxie que le groupe a choisie. Taillé pour les nuits electro toujours plus demandées, ce nouvel album risque d’entraîner un rupture incurable pour les puristes.

Navigant désormais à découvert sur des sons swing fétiches qui ont des airs de déjà-vu pour les groupes issus de ce mouvement, Caravan Palace s’est peut-être dit que, après tout, le genre est aujourd’hui surfait et que rien de nouveau pointe son nez, musicalement parlant. En conservant quelques sonorités swing dans ses morceaux, la voie digitale des fins de soirées a fini par l’emporter. Lone digger, en ouverture, est le symbole parfait du nouveau cru de Caravan Palace. Ça pulse, ça donne la patate, c’est swing, c’est electro, Zoé prend le contrôle du flow mais aussi des pistes de danse. La caisse claire, omniprésente, martèle chaque compo, amorçant progressivement des virages surprenants, celui de l’appel du pied à la techno. Mighty et Human leather shoes for crocodile dandies tendent ainsi vers des contours techno, sauce Paul Kalkbrenner ou par moment Bakermat, le DJ au saxo.

La digitalisation à souhait, ce « <I°_°I> » en regorge de toute part : tout n’est pas forcément d’un contenu équivalent, mais l’on retiendra un étouffant Midnight qui se sature, fait monter la pression, jumper par des cuivres assourdissants, qui laisse présager une explosion qui s’évanouit dans un souffle au piano. Et c’est dans cette structuration d’album assez décousue que les éléments s’entrechoquent : Wonderland et sa panoplie de cuivres en fusion démarre fort mais ne parvient pas à gommer le chant de Zoé, dénaturalisé à foison, sous les assauts des machines. qui réitèrent sur Wonda et Lay down.

A la recherche d’une éclaircie plus reposante, plusieurs éclats apparaîtront : avec des constructions de tracks plus simples et moins alambiquées, on retrouve enfin des ballades moins chahutées et mélodieuses comme sur Aftermath, même si le groupe ne peut pas s’empêcher de surenchérir d’electro sur Comics.

Après une première écoute et tant d’autres qui ont suivies, une chose est sûre : la transition sonore est rude. Nul doute que « <I°_°I> » va faire des ravis, peut-être même d’élargir le public qui rayonne et remplit les salles à chaque concert de Caravan Palace. Mais c’est aussi une certitude de dire que Caravan Palace a définitivement perdu une partie de ses fans qui ne se retrouveront pas dans ce dernier opus. Le groupe évolue, c’est incontestable, à chacun d’adhérer ou de tourner la page.

L’invasion des robots de « Panic » n’était pas donc pas un leurre, c’était surtout un signal fort qu’envoyait Caravan Palace sur son évolution, son identité. Les machines ont pris le pouvoir sur l’homme. Définitivement… La bonne nouvelle reste finalement que sur scène, la place à chaque instrument est rendue aux musiciens sur la nouvelle tournée, bien présents sur les planches, rendant totalement au groupe sa dimension humaine. L’alchimie des genres, à travers les tendances et les sonorités explorées, n’est donc pas prête de s’arrêter.

Clip Mighty (feat. JFTH)

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Lone digger
2. Comics
3. Mighty (feat. JFTH)
4. Aftermath
5. Wonderland
6. Tattoos
7. Midnight
8. Russian
9. Wonda
10. Human leather shoes for crocodile dandies
11. Lay down

Album : 3ème
Durée : 39 min
Sortie : 16 octobre 2015
Genres : Electro / Swing
Label : Wagram

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