Live Report

Barjac m’en chante, jour 4 : une journée (d)étonnante dans le Gard 01.08

2 août 2017, P'titBapt
Medhi Kruger à Barjac

Nouvelle journée à Barjac, marquée sous le joug des surprises. Jean-Claude Barens à la programmation avait fait un pari audacieux : faire sortir le public de Barjac de sa zone de confort, en confrontant la chanson française avec des musiques diverses, que ce soit sous le chapiteau ou au coeur du château. Au final cette journée fut riche en découvertes et en (bonnes) surprises, avec un concert de Mehdi Krüger qui restera longtemps dans la mémoire collective.

Une ouverture en douceur, vers l’autre et le voyage

Vincent Tronc faisait partie des « curiosités » de cette nouvelle édition de Barjac m’en chante, et plus particulièrement de ce mardi. Sous un chapiteau encore bien plein, bien chaud, par cette journée de grand vent, le multi-instrumentiste se présente seul face à des gradins bien fournis.

Tour à tour, Vincent Tronc se déguise, il passe des percussions à la guitare, à l’accordéon, il raconte l’histoire d’un roi, de ces histoires qu’il a puisé dans les sources de chacun de ses voyages. Lorsqu’il entonne Ma mère est une gitane, on ressent l’émotion d’une vie de rencontre et d’exil dans sa voix et dans ses yeux.

Ses chansons sur l’ailleurs, sur le déracinement, sont toujours tournées autour du voyage. Les mélodies sont douces et prenantes, les paroles simples et envoûtantes, le public est réceptif même s’il n’ira pas jusqu’à exprimer une immense reconnaissance au sortir de ce concert. Pari audacieux de l’artiste de reprendre, à sa manière, La Montagne de l’enfant du pays, de celui par qui est né ce festival. Dernier couplet, dernier refrain…les applaudissements sont nourris, Vincent Tronc peut quitter la scène, heureux d’avoir fait sortir le public de Barjac de ses habitudes !

Christina Rosmini : un chant de partout, une énergie d’ici-bas.

Nouvelle découverte pour nous à 18h30, à l’heure où le ciel est grondant, le chapiteau se remplit pour laisser monter sur scène la magnifique Christina Rosmini, éblouissante dans ses apparats d’ici et d’ailleurs, tirés de ses nombreuses origines, toutes méditerranéennes et pourtant si diverses.

Accordéon et guitare vont accompagner pendant une heure ce délicieux voyage en des terres pourtant pas si lointaines. La chanteuse ne s’en cache pas, venir à Barjac c’est « faire partir de la chanson française ».

Peu à peu, le public va faire connaissance avec la famille de Christina Rosmini, avec son arrière grand-mère espagnole d’abord, luttant contre Franco, et le public prend des airs de résistance. Puis de sa grand mère corse. Toujours la voix attrape et remue nos émotions, les traits que la chanteuse rend à Michelle Bernard ne gâchent en rien la chose.

Des chansons sur l’Inde, un vibrant hommage à Brassens qu’elle définit comme une de ses influences majeures, une chanson intime qui parle à tout le monde… le spectacle se déroule alors que la chanteuse sort tous les tours de son sac. Tantôt en train de danser, tantôt en train de faire des clochettes, l’artiste est pleine de surprises et aura réussi à nous embarquer avec brio dans son monde, qui est aussi un peu le notre.

Mehdi Krüger, l’immense baffe raffinée !

Chose surprenante : Mehdi Krüger était déjà présent à Barjac l’an dernier, sous le chapiteau. Cette année c’est dans la grande cour du château, devant un public tout attentif et curieux qu’il se présente, à travers un texte de La Rumeur : L’ombre sur la mesure, qui commence à glacer le sang des festivaliers massés sur une estrade encore joliment remplie ! Juste retour des choses.

Son acolyte à la guitare arrive sur scène et lance ses premiers arpèges lancinants, qui commencent à transpercer le ciel, qui posent la mesure d’une atmosphère qui ne quittera plus les lieux jusqu’à la fin du concert. Puis Mehdi Krüger arrive, de sa démarche assurée et rassurante. Tout dans sa manière de bouger, dans l’intonation qu’il prend à chaque mot, dans la densité justement pesée à chaque syllabe, entraîne le public de Barjac dans son monde.

Arabstrait, Le Cerf-Volant, Ma Vénéneuse… nous pourrions tous les citer. Les textes sont gonflés de mots lourds de sens, de nombreux combats pour les oubliés, pour le monde, pour nous humains, en définitive. Un enfant au premier rang avouera dans un timide regard que le concert lui fait peur. Il n’y a pas de pause de ce monde où Mehdi Krüger nous transporte. Pendant une heure, accompagné d’une sublime guitare qui sonne juste et bien, l’artiste envoûte le public de Barjac qui ne s’attendait certainement pas à prendre une claque de la sorte, et certainement pas ceux qui l’ont raté sous le chapiteau l’an dernier.

Alors oui : Mehdi Krüger c’est du slam. Mais un slam raffiné, un slam dit avec la force des orages, un slam qui pense et qui raconte, un slam qui poétise et qui s’offre aux autres. Alors oui : Mehdi Krüger fait bien de la chanson française, sous une forme nouvelle, mais tellement belle !

Dès lors, il paraît nécessaire à l’artiste de se frotter également aux périlleuses chansons d’amour, qu’on a du mal dans un premier temps à imaginer à son répertoire et à son univers. Quitte moi… bien entendu les histoires d’amour ne peuvent être joyeuses dans ce cadre, mais diable qu’elle fût belle, celle là ! La rime est riche et le verbe est beau, l’émotion est palpable et le public en haleine. A en croquer.

Il est d’usage à Barjac que les artistes remontent sur scène lorsque le public jugeât que le spectacle fut une réussite. Il ne fallut pas attendre longtemps pour que les applaudissements nourris fassent remonter sur scène la jeune étoile. Et comme pour ne jamais finir de nous surprendre, il va demander des mots, d’ici et de là bas, beaux ou ridicules (en l’occurrence plutôt beaux) à l’assistance. Puis vient l’heure de les restituer, en les plaçant naturellement, avec brio, au creux d’un texte qu’on n’aurait pu croire improvisé… Le public reste coi, l’émotion est palpable. Les deux artistes saluent la foule, la foule se lève. C’est fait, Mehdi Krüger et ses textes gorgés de mots, de mots d’aujourd’hui qui prennent un sens fou, est adoubé. L’ambiance pesante et lourde, mais magnifiquement dramatique aura envoûté le public.

« Faire lever la cour du château avec un spectacle pareil… Pari réussi » nous glisse Jean-Claude Barrens à la fin du concert. C’est bien le moins que l’on puisse dire, ce sacré pari là va rester longtemps dans les mémoires de festivaliers !

La Mal Coiffée ne résiste pas au « filtre » de Barjac…

Pour clôturer cette journée, cette soirée, La Mal Coiffée était au programme. Véritables égéries de la chanson occitane, les quatre femmes venaient maintenant au devant d’un immense défi : rendre réceptif le public de Barjac, si friand de mots et de sens, à des mots qu’il ne comprend pas forcément (hormis quelques occitans présents dans l’assemblée).

Les femmes, après une présentation raffinée de leur spectacle, se lancent dans de longs moments musicaux, particuliers au possible, d’un autre temps, qu’il fait bon explorer. Les textes en occitan, accompagnés d’innombrables instruments tous aussi atypiques les uns que les autres (nous ne nous risquerons pas à les nommer…), sont gorgés du cœur et de l’envie des quatre jeunes femmes.
Pourtant les applaudissements sont retenus à la fin de chaque long moment musical, et on sent le public de Barjac peu réceptif à ce genre de prestation, qui est pourtant une véritable prouesse scénique.

Cela nous avait déjà marqué par le passé, nous pourrons malgré tout déplorer le manque de civisme d’une partie du public qui ne s’est pas gênée de partir en plein milieu du concert, sans même en attendre la fin, sans respect, ni pour les artistes, ni pour les organisateurs.

Alors certes, c’était un pari audacieux de mettre La Mal Coiffée en ponctuation de cette journée, le pari est assumé et beau en bien des points. Bien sûr pour le public, ce groupe n’avait pas sa place ici. Mais c’est sans compter sur la volonté du festival d’offrir une chanson diverse et plurielle, comme elle peut exister, gageons que cela ne le décourage pas pour la suite.

Une partie du public aura raté un rappel unique, original au possible, une autre partie aura failli le manquer, sans la rapidité à remonter sur scène des choristes au grand cœur. Comme le veut la toute nouvelle tradition (et il est de ces traditions qui nous font du bien), les deux artistes de la grande scène se retrouvent le temps d’une chanson. Alors lorsque la voix percutante et les mots flottants de Mehdi Krüger résonnent avec en fond les cœurs occitans, le moment est beau, léger et attendrissant. Ceux qui l’auront raté s’en mordront les doigts. Comme quoi, le manque d’éducation peut faire rater des choses !

En définitive cette journée fut surprenante en tout point, avec des concerts, sous le chapiteau, inattendus, une magnifique prestation de Christina Rosmini et un récital que l’on peut déjà qualifier d’anthologie de Mehdi Krüger. Qu’on a hâte de revoir.

Crédits photos : Le Musicodrome

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