Live Report

Barjac m’en chante, Jour 1 : Les Morel : les cousins d’la Neuille ! 29.07

30 juillet 2017, P'titBapt

On revient à Barjac comme on revient sur un lieu qu’on connait par cœur, on recroise des têtes connues, on en découvre de nouvelles. L’édition 2017 de Barjac m’en chante s’annonce sous les meilleurs auspices. Pas d’orage pour l’ouverture, mais deux Morel, Gérard puis François, pour une soirée déjà forte en mots et en humour !

Cette année encore, Barjac a remis ses plus belles sapes, et s’est paré de nouveaux oripeaux pour l’occasion. Des textes de Leprest, comme un nouvel hommage, sont pendus au mur, et il est toujours bon de déambuler dans une rue pour se retrouver avec « Mec » ou « La Colère » en face de soi !

Ferrat, Aragon, Brassens… ne sont jamais bien loin, on les entend, on les retrouve aux terrasses des cafés, chantés avec amour et écoutés avec passion. D’emblée on retrouve cette ambiance si particulière qui fait de Barjac m’en chante un rendez-vous atypique. Comme chaque dernier week-end de juillet, cette palpitation du mot, cette attente du verbe imbibent les lieux. On s’y sent bien, on s’y sent nombreux !

Pas de concert sous le chapiteau en après-midi pour l’ouverture, il est donc, comme d’usage, bon d’aller retrouver la file d’attente de l’entrée de la cours du château. Deux poèmes de Jean Vasca trônent de part et d’autre du portail d’entrée, un autre hommage sera rendu au poète, à l’origine de ce festival, décédé au mois de décembre, lors du traditionnel et émouvant discours du maire de Barjac pour ouvrir les hostilités.  Un autre lui sera rendu dans la salle Trintignant au cours du Festival.

La fosse du château est remplie, et bien remplie, pour accueillir deux homonymes qui ont déjà tous deux un prénom.

Acte 1 : Gérard, l’ogre au cœur tendre, l’esthète au mot juste !

Gérard Morel monte sur scène, accompagné de sa gouaille, de sa guitare, de sa bonne humeur communicative et de ses textes ciselés dans la langue française.
D’emblée, le génie de la syllabe fait participer le public en le mêlant à ses textes. Un nouvel album est en cours de construction, presque terminé, et il est l’occasion de le confronter à l’exigeant public de Barjac. Stance à sa gorge nous épate par l’écriture, par le jeu de mot perpétuel érigé en habitude. Il n’est pas une expression, raffinée, populaire ou argotique, qui ne passera pas dans les vers du chanteur au fil de la soirée.

Gérard Morel à Barjac m'en chante

Gérard Morel a décidé de chanter des chansons engagées, c’est-à-dire des chansons d’amour : «L’amour en marche j’ai essayé, c’est pas facile ». La présence scénique et l’assurance du troubadour épatent. Il y a, et c’est peu de le dire, du Brassens chez ce Morel. Ardéchois jusqu’au bout des bretelles, il nous parlera de ses siestes, de sa grasse matinée, avec toujours une écriture qui ne laisse pas indifférent, et une dérision à toute épreuve. Nathalie et son chat accompagne Natacha dans une chanson où s’entremêlent les rimes de manière assez incroyable, Gérard Morel aime les mots, il aime les faire jouer entre eux et les partage à merveille. Quand le chanteur se lève de sa chaise pour entonner le Tango du Lumbago, sur une idée de Bernard Joyet, une nouvelle corde à son arc nous est révélée.

« L’amour en marche j’ai essayé, c’est pas facile ! »

Avec humour et dérision, bons mots et rimes accrocheuses, Gérard Morel aura réussi une magnifique ouverture du festival. Et lorsqu’il termine son récital par la drôle Cantique en toque, donnant des airs de bons samaritains au public, la boucle est bouclée. Nous aurions pu l’écouter encore longtemps, gageons que ce n’est que partie remise, il est l’heure de laisser la place à son « cousin », François !

Nouvelle édition, nouvelle habitude : avant chaque spectacle, un poème lu par le chanteur est diffusé dans la cours du château. Un moment qui fait du bien que ces « Instants des souffleurs de vers ». C’est donc sur le délicieux « J’ai rêvé ma vie » de Francis Blanche, lu par François Morel, que la deuxième partie s’ouvre.

Acte II : François, l’acteur d’aujourd’hui, le chanteur d’un autre temps !

Pour sa part, François Morel est accompagné, et bien accompagné : Piano, Batterie, Percussions, Saxophone, Flute, Contrebasse, Guitare… les instruments passent de mains en mains et les quatre musiciens se donnent à cœur joie d’accompagner le chanteur.

Entre Comédie et Chanson, il est indéniable que François Morel n’a pu, et ne pourra jamais, choisir. Tout son récital sera autant un concert qu’une pièce de théâtre, majestueusement mise en scène par Juliette, son éternelle complice.

François Morel à Barjac m'en chante

C’est encore long l’enfance, Tous ces trucs inutiles… les chansons se succèdent, se ressemblent parfois, mais ont toutes leur propre cœur. François Morel a ce don magnifique de mêler Mélancolie et Humour, comme pour mieux transmettre ses émotions, qu’on devine multiples et divergentes. Lorsqu’il se met à nous parler du livre d’or de l’hôtel Beau-Rivage, où les nuages dessinés à la main par les enfants côtoient les parties de jambes en l’air du pape ou de Bernard Pivot, cerveaux et cœurs sont mis à rude épreuve à chaque nouveau couplet pour savoir que ressentir.

Nous avons parlé de son dernier album, sorti il y a peu (chronique ICI), il était évident que le groupe nous offrirais sur scène quelques-uns de ces derniers textes. Pas manqué !
Son Petit Préféré est un des beaux moments de tendresse du concert, et François Morel ne peut s’empêcher de la ponctuer d’une touche d’humour bien placée, comme par peur de voir le public de Barjac tomber en larmes ! Les aventures de monsieur Ramirez le lanceur de couteau sont de cette trempe, il y a un fond de Leprest dans l’écriture de ces gens ordinaires à qui il donne des destins qui ne le sont pas.

La voix du chanteur (ou de l’acteur), ainsi que le jeu de scène, la complicité avec les musiciens, offrent un concert qu’on ne voit pas passer, et qui passe pourtant… Après un long sketch, François Morel, entouré d’une guitare mélancolique à souhait, entame Ce Baiser, à la très belle écriture.

Définitivement, le chanteur est un chanteur d’un autre siècle, il n’est pas dans son temps, et ça fait un bien fou de se laisser envahir par cette douceur dont on n’a pas l’habitude de s’imprégner, par cette étrange folie dans laquelle on se laisse embarquer !

Acte III : Deux Morel et des chansons !

Il est toujours bon de se méfier avec les Morel, quand on croit s’en être débarrassé d’un, il est capable de revenir à tout moment. C’est ce qui va arriver, pour notre plus grand plaisir, lorsque le groupe à deux têtes va entonner Les Mariés. Forte image que de voir les deux chanteurs épaule contre épaule, partager un moment hors du temps avec le public.

Les Morel à Barjac m'en chante

Et lorsque nous crûment la soirée terminée, minuit et demi passé, il n’est était rien, les quatre musiciens libéré des deux chanteurs commencent une chanson a capella, avec pour instruments leurs torses, leurs pieds et leurs mains : Dessine-moi.
Mais les deux ogres scéniques, insatiables, ne sont pas loin, et reviennent vite terminer la chanson avec les musiciens.

Une dernière Folle Complainte de Trenet, et on croit cette soirée définitivement achevée. Il n’est en rien, la nuit et les étoiles sont porteuses de folie, et les deux cousins d’la neuille n’ont pas envie de nous laisser. Et ça tombe bien !
Ils reviennent une dernière fois pour terminer avec Chanson Populaire, issue du dernier album de François Morel, et qui ne pouvait coller mieux avec une conclusion pour cette soirée. Magnifique, sublime, les adjectifs manquent, mais le public, lui, s’y retrouve, et l’ovation complète qui ponctue ce tout dernier rappel en est la preuve. Y’a pas plus beau, qu’une chanson po-pu-laire !

Il faisait bon hier soir à Barjac, les mots ont fusé et ont frappé juste. L’humour et la chanson étaient bons amants. François et Gérard, les deux Morel, ont pu, le temps d’une soirée, faire passer leurs mots et leurs voix. Et c’est bien. Vivement la prochaine !

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