Chronique Express

Azad Lab « Lucioles » / Krav Boca « Sanatorium » (2015)

4 janvier 2016, Aiollywood
Asad Lab et Krav Boca

Nous voulions en parler avant la fin d’année 2015 mais, faute de temps, ces deux groupes toulousains seront donc passés au crible en cette première semaine de janvier. En attendant les prochaines sorties, petit retour en arrière du côté de la ville rose, pour deux nouvelles galettes parues en novembre et octobre derniers : « Lucioles » d’Azad Lab puis « Sanatorium » de Krav Boca. 

Azad Lab « Lucioles » (2015) -HIP HOP/ELECTRO/SWING-

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Ils sont six musiciens dans le vaisseau baptisé « Lucioles » d’Azad Lab. Six musiciens qui se sont fixés comme objectif de bâtir un univers, un univers nacré qui mixe les styles et les genres pour ne pas s’enfermer en un étui bien lisse. Avec déjà deux EP’s à leur actif (2012 et 2013), il fallait bien que les toulousains franchissent le pas : c’est donc en 2015 que le laboratoire sonore a choisi de dévoiler une part de lui-même, dérangée, métissée aussi, par les différents horizons de ses musiciens. Cette première galette, prometteuse, annonce en tous cas des show endiablés. Surfant sur les tendances electro/swing bien en vogue depuis plusieurs années, les instrus tendent vers plusieurs styles dont le dub, les influences klezmer ainsi que des soupçons jazzy. Autour des zikos, un combo percutant mené par un MC résolument hip hop qui renvoie la réplique à une seconde chanteuse, clairement soul. Le mélange en devient terriblement hybride, dont l’ouverture de l’album, Milky way, fout littéralement des frissons. Rythmique drum’n’bass avec un saxo perçant au beau milieu de la brume, la belle Laurene vous enveloppe dans un croustillant croquant digne des meilleurs tracks trip hop. Emprunt de nombreuses touches féminines, l’album regorge ainsi de petites pépites qui ne demandent qu’à exploser, entre légèreté et subtilité telles que Everyday heroes, Taïga, Out of the blue (part.I) ou Hunky dory, même si ce dernier morceau sent un peu le réchauffé. Entre ces apparitions, une part non négligeable est surtout laissée au hip hop avec le MC Robin : Red lights est survitaminée par le rythme imposé par les claviers, à la mode cartoon endiablé, qui peut rappeler le registre western fusion de leurs acolytes des Smokey Joe & The Kid. Que ce soit à travers des sons plus sombres (Night drift) ou subtilement planant (Sfumato), Azad Lab créé l’illusion de hauteur et d’autre monde. On y retrouve des saveurs festives dopées pour le live par les mélodies cuivrées (Morning sun, Out of the blue (part.II), Vérités et conneries) mais aussi des notes klezmer qui ne sont pas prêtes de s’arrêter de résonner dans les têtes (Grain blanc). Une chose est sûre, ce premier essai long format est une réussite : il ne demande qu’à laisser propager ses bonnes ondes sur les planches.

Clip « Milky way »

A écouter sans modération sur Bandcamp en cliquant « ici » / album actuellement disponible en digital, sortie physique prévue pour le 1er avril 2016

Krav Boca « Sanatorium » (2015) -RAP/ROCK/HIP HOP-

KBS

La deuxième session découverte made in Toulouse du jour sur Le Musicodrome met à l’honneur cette fois un groupe que nous avons eu la chance de croiser début 2015 au Dindon Attaque d’Alès (30), Krav Boca. Bercé dans la culture des 3R (rap, reggae, rock), Krav Boca revient pour déverser son flow, dur et sans ménagement, à la fois alarmiste et revendicateur. La sortie de leur nouvel EP, « Sanatorium », s’apparente à un véritable brûlot : un opus pour faire réfléchir, pour prendre du recul aussi sur ce sale monde qui ne tourne plus rond, tout en posant des mots, des phrases sur un son à en faire décoller la plèvre. Sur ce 8 titres, tu visses ton casque sur tes oreilles et tu écoutes. Du mépris des immigrés aux quartiers banalisés, Krav Boca contre attaque et sort de sa tanière afin d’inciter ceux qui ont peur ou ceux qui dénigrent de venir s’ouvrir à la rue (La rue du voisin). Alternant un son marqué par le sceau du rap, ce dernier se délite et vient toucher autre chose : les guitares. La sueur rock, voire punk par moment, teintée de la mandoline, imbibe l’EP pour se propager comme de l’essence. En ligne de mire, leur fameux Sanatorium, aux politicards dépassés boostés au nom de chacun sa foi, où les propagandes raciste et capitaliste ne sont pas les seules visées… Au fond des piscines, le génocide y est culturel, où « les esprits sont murés dans la discipline » tandis que Monopoly, doux reflet de nos sociétés modernes, se voit dicter par les lois de l’argent sale et des magouilles. Aspergée d’une substance rock hautement inflammable, la planète endettée n’en est que son triste miroir : l’exemple grec, déluge de feu sur sa propre population, SOPA ne fait que souffler sur les braises d’un vent de révolte qui pourrait se propager (Printemps silencieux). Ce track, à l’instru tapageuse, est le berceau de la croisée des mondes de Krav Boca : le son peut être y doux, instru hip hop bouillonnante, mais la furia n’est jamais éteinte, ne demandant qu’à s’exprimer. Montant en puissance tout au long de ce périple, Kétamine nous renverra en pleine face cette envie de hurler qui sommeille, assommée de beats et d’effusion de guitares. Le dernier morceau, 25 mai, à mi-chemin entre l’orient et l’emballement des machines, ne fera que renforcer ce constat : Krav Boca est ainsi saturé et brumeux, les deux hommes cagoulés qui déversent leur flow ont bien encore de choses à nous dire. « Sanatorium » est un cocktail brûlant, nul doute là-dessus.

Clip « Monopoly »

« Sanatorium » est à écouter sur Bandcamp en cliquant « ici« 

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