Chronique

Asian Dub Foundation « A history of now » (2011)

19 février 2011, Aiollywood
Critique Asian Dub Foundation A History of now 2011

Nouveau label, nouvel album… 2011 commence sur les chapeaux de roues pour Asian Dub Foundation. Déjà le huitième opus d’un groupe que l’on ne présente plus, mais aussi une certaine appréhension à la suite des deux derniers albums qui n’ont pas réussi à convaincre.

Cooking Vinyl, un label tout frais pour relancer la machine du collectif qui s’était quelque peu enrayée depuis un p’tit bout de temps. Même si leur réputation de bêtes de scène n’a jamais été remise en question, depuis l’apogée du groupe atteinte en 2003 sur « Enemy of the Enemy » les choses se sont vite compliquées sur Tank en 2005, puis sur Punkara en 2008. Dans leurs productions studio en tout cas.

Le mélange, c’est une des valeurs incontournables des Anglo-Pakistanais d’Asian Dub, autant musicalement que culturellement. Punkara avait malheureusement poussé ce concept à l’extrême. À trop vouloir mélanger les styles (ragga, hip-hop, drum’n’bass, rock, dub ou encore jungle), l’auditeur finissait par se perdre dans un album qui croulait sous les arrangements. Note à moi-même : cela n’avait toutefois pas empêché de voir se détacher plusieurs brûlots tels que S.O.C.A., Burning Fence, Superpower, Bride of Punkara… Une rage jusque-là inconnue s’était en effet emparée du groupe : plus électrique, moins canalisée, et bien meilleure que sur Tank.

Cette parenthèse refermée, A History Of Now laissait présager une certaine prise en compte des critiques émises à leur égard. Alternance de séquences posées puis énergétiques, le groupe a choisi de ne proposer que peu de morceaux (11), mais néanmoins assez long (entre 4 et 6 minutes). Malheureusement Asian Dub reste clairement dans la continuité avec ce nouvel effort. Pire, la première écoute donne l’impression que le début d’album est tout droit sorti de Punkara

A New London Eye ouvre le bal et affiche des similitudes assez impressionnantes au niveau des riffs avec le Burning Fence, de l’opus précédent. Asian Dub n’irait-il tout de même pas jusqu’à nous servir du réchauffé ?

Si les premières notes de Urgency Frequency rappellent les débuts du groupe avec une intro très dub, ce titre sera certainement l’un des morceaux incontournables du disque. Toujours ce côté drum’n’bass percutant, on dérive même vers le post punk où l’intensité dégagée laisse prévoir sur scène un véritable feu d’artifice sonore : le seul hic remarqué, le chant. Les tendances hip-hop sont très en retrait, on croirait entendre les tons de voix insipides de ces groupes de punk/rock californiens.

A History Of Now avance, et l’on commence enfin à sortir du registre traditionnel pour retrouver des sonorités un peu moins « passe-partout ». London to Shanghai est teinté d’influences indiennes avec le sitar, le violoncelle et les percussions comme unités principales. Le violoncelle apporte du sang neuf aux compositions qui oscillent entre rock, dub et world, mais semble également cacher les failles béantes des nouvelles tendances du groupe. Diable que c’est répétitif !

Asian Dub s’est réellement fait plaisir dans le domaine « world », un des rares points positifs : In Another Life est à ce propos un petit bijou. 5 min 40 s de plaisir. À l’ancienne, basse, claviers et dhôls avec un murmure hip-hop ; et surtout un voyage oriental avec la magie provoquée par le narr (flûte pakistanaise). Un morceau métissé qui rappelle un certain Cyberabad (« Enemy of the Enemy ») du bon vieux temps.

Toujours dans le genre indo-oriental, Temple Siren boucle l’album sur des sonorités et des intonations qui renvoient aux débuts du groupe : lorsqu’il savait encore trouver l’alchimie parfaite entre musiques électroniques et musiques du monde. Si ces trois compos dès plus posées sont un régal, Asian Dub pêche par contre sur Power of 10. Véritable ovni sur cette galette, quatre accords de basse rompant le silence avec des percussions « frôlées », le violoncelle finit par (nous) achever ces 4 minutes interminables.

Si ces morceaux calment notre faim un tant soit peu, le reste de l’album est assez mitigé. A History of Now », titre éponyme du skeud, laisse le groupe retomber dans ses travers. La prédominance du rock envoie l’électronique plus en retrait. Les mélodies semblent avoir déjà été entendues… dur retour sur terre. Les limites musicales de Asian Dub ne font que se confirmer au fil des titres : Futureproof est insipide et le flow terriblement réducteur. Exaspérant. Spirit in the Machine met un sacré bout de temps à se lancer et nage dans un faux rythme de tout le long. Ni beat, ni chant ne viendront apporter leur pierre à l’édifice, seul le violoncelle viendra sauver l’originalité d’un tel morceau.

Il faut attendre un Where’s All The Money Gone ? très rock’n’roll pour voir le punch d’Asian Dub faire mouche : un riddim digne du temps des Community Music et un Al Rumjen dévastateur au micro ! On se demandait si les Asian Dub étaient toujours capables d’envoyer du lourd…

Enfin, impossible de ne pas attribuer une mention spéciale àThis Land Is Not For Sale avec le featuring très latino de Indigenous Resistance ! Une véritable bombe impulsée par cette voix féminine, à la fois punk, roots et groovy ! Ouf, il était temps.

Même si la force revendicative des morceaux est toujours intacte, A History of Now toujours trop inégal et trop similaire aux précédents disques, confirme cette impression qu’en studio Asian Dub ne sait pas faire face à ses limites. L’idée de revenir à des sonorités plus traditionnelles était bonne, mais cet album plus posé souffre d’une perte d’énergie flagrante.

Le constat est implacable : Asian Dub Foundation n’a toujours pas retrouvé la formule magique de ses grands moments et A History of Now flirte dangereusement avec la zone rouge…

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1) A new london eye
2) Urgency frequency
3) London to Shanghai
4) A history of now
5) Spirit in the machine
6) Where’s all the money gone ?
7) In another life
8) Power of 10
9) Futureproof
10) This land is not for sale
11) Temple siren

Durée : 49 min
Album : 8e
Sortie : 7 février 2011
Genres : Punk / Drum’n’bass / Dub
Label : Cooking Vinyl

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