Chronique

Al’Tarba « Let the ghosts sing » (2014)

15 octobre 2014, Aiollywood
Al'tarba Let the ghosts sing 2014

Al’Tarba revient aux sources aujourd’hui avec la parution de son nouvel LP, « Let the ghosts sing », après avoir déjà frappé fort au printemps dernier avec l’EP « The sleeping camp », sorti sur le net label de Jarring Effects, le JFX Lab. Quelques mois plus tard, le toulousain revient pour nous présenter la version longue, encore plus noire, encore plus tortueuse que jamais. 14 titres pour marquer de sa griffe la scène française de l’abstract-hip hop. 

Avec un nom aussi évocateur qu’il puisse paraître (« Let the ghosts sing »), Al’Tarba entrouvre une porte vers un obscurantisme qui n’a en tous cas rien de musical. Du haut de ses nombreuses expériences et projets avec des artistes que les amateurs du genre connaissent bien, Al’Tarba nous laissait prévoir un album sombre, martelé par de mauvais esprits qui ne pouvaient qu’envouter son auditoire.

L’album, d’entrée mis sur orbite avec un calme mais terriblement criard Laisse moi entrer, en dit long sur cette chaudière qui ne demande qu’à bouillir. Les bruits sont sourds, la pression, elle, est déjà palpable tandis que la claque se devine déjà. Comme un épais brouillard qui enveloppe la toile, la corde se tend, matraquée par des soubresauts digitaux, propulsant Al’Tarba à la cime de la montagne noire. De ces ombres naissantes et d’un rythme écrasant, l’horizon se déchire sur Siberian vengeance, très hip hop dans l’âme. Impressionné toutefois par les mélodies que le beatmaker toulousain arrive à injecter dans cette noirceur du monde, Al’Tarba va exceller une nouvelle fois dans le domaine : que ce soit sur Let the ghosts scream, griffé par les guitares, ou sur Lands builders à coup de samples symphoniques, Al’Tarba arrive à créer cette illusion éphémère d’un voyage sans retour. On aime forcément l’alchimie des temps modernes renvoyées par Just like ants ou celles qui nous (re)faire un bond vers le passé ! Des sonorités d’orient à une rythmique hip hop qui va tutoyer les cimes du dub et même du jungle, Dusty signal envoie un premier coup de clairon d’une finesse et d’une puissante déconcertante.

Cette douceur insoupçonné proche des prodiges EZ3kiel par moment, se retrouve notamment sur Still insomniac. Avant que les penchants hip hop finissent par reprendre le dessus, le toulousain manie à travers cette track le fin équilibre allant de la raison à la folie : des carillons apparaissant à tâtons à un puissant orchestre articulé, le rendu regorge de beats millimétrés variant de l’abstract à un jungle déchaîné. Déboussolé par une telle envolée, l’homme à la baguette va réussir à réitérer cette étrange sensation d’ailleurs : Felix the brat amorce des prémices d’orient avant que le groove n’envahisse les planches du manoir avec le très dansant Gangsters & rude girls (non loin des Chinese Man) ou le plus classique Good morning rain.

Bien conscient que tout n’est que fusion, qu’elle soit au repos (Take me back) ou terriblement en activité, Al’Tarba n’en a pas terminé d’étouffer les cris plus ou moins dissimulés de son opus : s’il y parvient en y triturant le son (Stop crying), il sait aussi ouvrir les vannes de ses turbines qui tournent à plein régime ! Les deux brûlots ‘rap’ de l’album décapent, notamment le ravageur My vicious side, happé par le flow de Bekay et les platines de Dj Ni’xon. De quoi donner un sérieux coup de fraîcheur à un album où la diversité fourmille aux quatre coins de la galette.

Avec un son noir et organique, Al’Tarba manie la finesse et les samples avec délicatesse  pour proposer-là un « Let the ghosts sing » qui va marquer les esprits en cette fin d’année. Avec des sonorités bien ficelées et des compos structurées, le beatmaker toulousain continue sa route… à nous à présent de faire en sorte de la croiser !

FICHE TECHNIQUE

Tracklist
1. Laisse moi entrer
2. Siberian vengeance
3. Still insomniac
4. Felix the brat
5. Just like ants
6. Gangsters & rude girls
7. Good morning rain
8. Let the ghosts scream
9. Torcher
10. Dusty signal
11. Stop crying
12. My vicious side
13. Lands builders
14. Take me back

Album : 5ème
Sortie : 13 octobre 2014
Durée : 49 minutes
Label : Jarring Effects
Genres : Abstract / Hip Hop

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